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VITELLIUS




Nom. Aulus Vitellius. Certaines monnaies lui donnent encore le surnom de Germanicus, laissant entendre que Vitellius cherche à se rattacher à la dynastie julio-claudienne.

Naissance. Le 7 (ou le 24) septembre 12 ap. J.-C., selon toute vraisemblance (ou 15 ap. J.-C.).

Père. Lucius Vitellius appartient à la classe politique. Il occupe différentes charges dont celles de consul et de gouverneur de Syrie. En 43, il gouverne même l'empire au nom de l'empereur Claude pendant que celui-ci mène campagne en Bretagne. Si on lui reconnaît une très grande honnêteté, Suétone lui trouve "un merveilleux talent pour l'adulation". C'est lui qui introduit la coutume d'adorer Caligula comme un dieu en ne l'abordant que la tête recouverte d'un voile et en se prosternant devant lui.

Famille. "Sur l'origine des Vitellii il y a divergence et même contradiction formelle entre les sources, les unes prétendant qu'elle était ancienne et illustre, les autres récente et obscure ou même abjecte ; pour moi, j'explique la chose par le désir d'aduler ou de dénigrer l'empereur Vitellius" (Suétone).

Mère. Sextilia est issue d'une excellente famille. Tout le monde chante ses vertus et soupçonne son fils de l'avoir fait mourir, durant une maladie, en interdisant de la nourrir, parce qu'une voyante lui avait prédit que son pouvoir ne serait solide et durable que s'il survivait à sa mère.

Portrait. Colosse, au visage aviné et à l'embonpoint remarquable, Vitellius se distingue avant tout par sa gloutonnerie phénoménale. Lors d'un repas, son frère apaise sa faim et celle de ses convives en lui préparant neuf mille poissons des plus recherchés et sept mille oiseaux. Lui-même invente un plat énorme, le Bouclier de Minerve, dans lequel on trouve des foies de carrelets, des cervelles de faisans et de paons, des langues de phéni-coptères, et des laitances de lamproies. Il ne peut se retenir, lors d'un sacrifice, d'avaler une partie des offrandes offertes sur l'autel. C'est aussi un violent. Pour un oui ou pour un non, il dépouille, exile, condamne à mort. Alors qu'on le traîne au supplice, un chevalier croit sauver sa tête en criant à Vitellius : "Vous êtes mon héritier". Méfiant, Vitellius lui demande de produire son testament. Lorsqu'il constate qu'un affranchi hérite avec lui, il ordonne de les égorger tous les deux.

Mariage. Vitellius conclut deux mariages, le premier avec la fille d'un consul, Petronia, le second avec la fille d'un préteur, Galeria Fundana. De l'une et de l'autre, il a des enfants. On raconte qu'il fait périr le fils qu'il a de Petronia — un fils borgne — pour s'emparer de l'héritage que sa mère lui a légué. Quant au fils que lui donne Galeria Fundana, il est affligé d'un bégaiement si prononcé qu'il est incapable de parler. Alors que ce deuxième enfant est encore au berceau, à Lyon, devant toute l'armée rassemblée, Vitellius le revêt du manteau de commandement, le décore de tous les insignes de rang impérial, le soulève à bout de bras pour le présenter à ses soldats et lui confère le nom de Germanicus.

Cursus. Vitellius commence sa carrière politique dès son enfance, à la cour de Tibère, au milieu des mignons de l'empereur. Habile conducteur de chars, il gagne l'amitié de Caligula. Joueur redoutable de dés, il obtient celle de Claude et de Néron. Ces trois empereurs lui confient diverses charges : consul durant les six premiers mois de l'an 48, proconsul d'Afrique de 60 à 62 peut-être.
En 68, à la surprise générale, Galba le nomme à la tête des légions de la Germanie inférieure. Cet empereur justifie son choix en déclarant "que les gens les moins à craindre étaient ceux qui ne songeaient qu'à manger". Mal lui en prend ! En route vers son nouveau poste, Vitellius gagne si bien la sympathie des soldats, que moins d'un mois plus tard, à Cologne, le 2 janvier 69, à la tombée de la nuit, un certain nombre d'entre eux, mal disposés envers Galba qui ne leur parle que le langage de la sévérité, le tirent de sa chambre à coucher et le proclament empereur. Ils lui mettent un manteau sur sa tenue d'intérieur, lui tendent un glaive qu'ils sont allés chercher au temple de Mars et que l'on croit être celui du "divin Jules César" et le portent en triomphe à travers la ville.
Peu après, Vitellius obtient l'appui et le renfort des légions de la Germanie supérieure, de la Bretagne, de Belgique, de la Lyonnaise, d'Espagne et de la Rhétie.
Lorsque qu'il apprend que Galba a été assassiné le 15 janvier 69, Vitellius décide de marcher sur Rome pour éliminer Othon que les prétoriens ont placé sur le trône impérial. Ses deux généraux Caecina et Valens franchissent les Alpes et battent Othon à Betriac, le 14 avril 69.

Dies imperii : 2 janvier 69 ap. J.-C.

Règne. Le 19 avril, le Sénat entérine le fait accompli en conférant à Vitellius tous les pouvoirs inhérents à sa nouvelle charge. En juin ou en juillet, il entre enfin dans Rome à la tête de son armée qui ne compte pas moins de soixante mille hommes. Mais il est loin d'avoir gagné la partie. Deux adversaires de taille ne l'acceptent pas pour empereur : les troupes d'Orient et celles du Danube.
Le 1er juillet 69, les troupes d'Egypte proclament Vespasien, le commandant des troupes qui se battent en Judée. Ses soldats et ceux stationnés en Syrie ratifient immédiatement ce choix.
Quand la nouvelle parvient sur le Danube, les sept légions de Mésie, de Pannonie et de Dalmatie, dont plusieurs s'étaient mises en marche pour secourir Othon contre Vitellius, se rallient avec enthousiasme à Vespasien.
Commandées par Antonius Primus, ces troupes du Danube envahissent l'Italie du Nord. Vitellius ne peut leur barrer la route. Les troupes qu'il a emmenées avec lui en Italie se montrent trop indisciplinées. Il les a laissées se conduire comme en pays conquis. Elles ne sont plus valables pour se battre. "Comme le Tibre était tout proche, les Germains et les Gaulois, prédisposés aux maladies, se ruinèrent la santé en abusant des baignades, parce qu'ils ne supportaient pas les chaleurs" (Tacite). De plus, il ne peut faire venir les troupes qu'il a laissées sur le Rhin, car au même moment, en Germanie et en Gaule Belgique, les populations emmenées par un chef local du nom de Civilis se révoltent contre Rome.
Vitellius est battu à Crémone, à la fin du mois d'octobre 69. Il est dès lors perdu. Les uns après les autres, ses plus fidèles soutiens se rallient à Vespasien. Il ne lui reste qu'à capituler. Ce qu'il fait le 18 décembre.
Le 20 décembre 69, les légionnaires d'Antonius Primus prennent Rome après de violents combats de rue. "Le peuple assistait aux combats, et, comme aux jeux du Cirque, il encourageait de ses cris et de ses applaudissements tantôt ceux-ci, tantôt ceux-là. Chaque fois qu'un des deux partis fléchissait, si des vaincus s'étaient cachés dans des boutiques ou réfugiés dans telle ou telle maison, il exigeait qu'on les arrachât et qu'on les égorgeât" (Tacite). Ces combats font environ cinquante mille victimes. Vitellius est arrêté dans la loge du portier du Palatium où il s'est barricadé. "On lui attacha les mains derrière le dos, on lui mit une corde au cou, on déchira ses vêtements, puis on le traîna, demi-nu, au forum, en l'accablant par dérision, sur tout le parcours de la Voie Sacrée, de mauvais traitements et d'outrages : on lui ramena la tête en arrière, en la tirant par les cheveux, comme on le fait pour les criminels, et même, avec la pointe d'un glaive, on lui tint le menton soulevé pour qu'il fît voir son visage et ne pût baisser la tête ; certains lui jetaient des immondices et de la boue, d'autres hurlaient les noms d'incendiaire et de goinfre, une partie de la populace lui reprochait même les défauts de son corps... Enfin, près des Gémonies, il fut déchiqueté à tout petits coups, puis achevé, et de là traîné dans le Tibre avec un croc" (Suétone).

Dixit : Devant la décomposition des cadavres, sur le champ de bataille, alors qu'il marche sur Rome, il a ce mot : "Le cadavre d'un ennemi sent toujours bon, surtout celui d'un concitoyen" (Suétone).

A ceux qui le battent, l'injurient, le blessent à mort, il s'écrie, avant de succomber sous les coups : "Et pourtant, j'ai été votre empereur" (Dion Cassius).

Sources : Suétone, Vies des douze Césars, VII.
Tacite, Histoires.
Dion Cassius, Histoire romaine.

Source : " Les empereurs Romains - 27 av. J.-C. - 476 ap. J.-C. " - François ZOSSO - Christian ZINGG.