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SEPTIME SEVERE




Nom. Lucius Septimius Severus. Au moment de son accession au pouvoir, il prend encore le nom de Pertinax.

Naissance. Le 11 avril 146, à Leptis Magna, ville fondée par les Phéniciens, en Tripolitaine (Afrique).

Famille. Il est issu d'une famille de chevaliers et de sénateurs, dont plusieurs membres, son grand-père, son père et ses oncles, ont fait de brillantes carrières. Provinciale, sa famille, à la différence de celles de Trajan ou d'Hadrien, qui étaient des colonisateurs, est une famille de colonisés. Cette origine explique, en partie, son mépris pour les Romains de Rome et l'aristocratie sénatoriale.

Père. P. Septimius Geta.

Mère. Fulvia Pia.

Portrait. Jeune, Septime Sévère montre un goût prononcé pour les études, la rhétorique et les arts libéraux, le droit et les sciences religieuses plus précisément. Mais ce n'est pas un rat de bibliothèque. Bien au contraire, il mène une vie estudiantine plutôt agitée. N'est-il pas accusé d'adultère ? Mais son futur rival, Dide Julien, alors préteur, l'acquitte. Vif, petit, maigre, basané, frisé, il est tout tendu vers l'action. N'ayant jamais dû intervenir personnellement dans une bataille, il se construit plutôt une réputation de bon administrateur que de général. Il est aussi célèbre à cause de son accent punique qu'il traîne avec lui et qui fait l'objet de toutes les plaisanteries à Rome.

Mariage. En 175, il épouse Paccia Marciana qui lui donne deux filles. En 180, durant son séjour en Syrie, il épouse, en secondes noces, Julia Domna. Fille du grand prêtre de Baal à Emèse, belle, ambitieuse, intelligente, libre de moeurs et d'allures, croquant la vie à pleines dents, c'est une maîtresse femme qui sait aussi bien tromper son mari que le pousser dans sa carrière.
Intelligente, cultivée, elle rassemble autour d'elle toute une cour d'intellectuels, de savants, de philosophes, d'écrivains. Elle lui donne deux fils : Caracalla, né à Lyon, le 4 avril 188 et Geta, né à Rome ou Milan, le 27 mai 189. En qualité d'Augusta, elle est associée au pouvoir. "Nouvelle Demeter", "Hem la Romaine", "Virgo Caelestis", on va jusqu'à lui rendre un culte officiel. Elle accompagne Sévère dans toutes ses campagnes, ce qui lui vaut encore le surnom de Mère des camps.
Très cultivée et curieuse de tout, elle fait de la cour de Septime Sévère un centre de vie mondaine et d'activité intellectuelle. Elle survit à son mari et à ses deux fils. Macrin, l'assassin et successeur de Caracalla, son fils, la traite avec respect, mais ne la renvoie pas moins à Emèse où, malade d'un cancer du sein (?), elle se laisse mourir de chagrin et de faim, en 217.

Cursus. C'est grâce à un oncle que Septime Sévère obtient l'honneur d'entrer au Sénat. Questeur, en Sardaigne, en 171, légat du proconsul en Afrique, probablement en 173 ou 174, tribun de la plèbe, en 174 ou 175, préteur en 178, légat en Espagne en 179, il est promu, en 180, à la tête de la IVème légion, la Scythica, stationnée en Syrie. Au début du règne de Commode, il est écarté de la vie publique. Il se retire donc à Athènes, puis à Marseille.
Il opère son retour à la vie publique en 187 -188. Il administre la Lyonnaise qu'il purge, avec l'aide de son futur adversaire Pescennius Niger, de Maternus et de ses brigands. En 189, il est envoyé en Sicile en qualité de proconsul, puis, en 190, en Pannonie supérieure, avec le rang de consul. C'est là, à Carnutum, que le 9 avril 193, ses soldats, apprenant que les prétoriens de Rome ont assassiné Pertinax et mis l'empire aux enchères, le proclament empereur.

Dies imperii : 9 avril 193.

Règne. Prenant de vitesse aussi bien Pescennius Niger proclamé empereur par les légions d'Orient que Clodius Albinus soutenu par celles de Bretagne, d'Espagne et de la Gaule, il quitte Carnutum à la tête, semble-t-il, de la légion I Adjutrix et de la Gemmina pour marcher sur Rome, via l'Italie du Nord. Dans la capitale, il sait qu'il peut compter sur la grande majorité des politiciens originaires comme lui d'Afrique et sur un certain nombre de sénateurs. Dide Julien tente, mais en vain, d'organiser une résistance valable. Mais tous l'abandonnent. Le 1er juin, Septime Sévère arrive devant Rome qui lui ouvre les portes sans combat et le Sénat le reconnaît immédiatement pour empereur.
Mais il n'entre pas immédiatement dans la capitale de l'empire. Il n'y fait son entrée que huit jours plus tard, le 9 juin. Il impressionne le peuple en marchant à la tête de ses troupes à pied et en habits civils.
Le lendemain, le 10, Septime Sévère se rend au Sénat, l'assure qu'il va continuer dans la droite ligne de Marc Aurèle et de Pertinax et lui donne tous les gages d'une bonne collaboration. Ce qu'il ne dit pas à cette Haute Assemblée qu'en bon provincial, il méprise, c'est qu'une fois, ses rivaux écartés, il veut gouverner seul, en s'appuyant sur les provinces, forces vives de l'empire, et sur l'armée à qui il doit le pouvoir. Mais sur le moment, il se concilie tout le monde en demandant l'apothéose pour Pertinax et en licenciant les prétoriens qui se sont déshonorés à jamais en bradant l'empire au plus offrant. Il les remplace par une nouvelle garde prétorienne formée de dix mille légionnaires, choisis parmi les meilleurs dans les différentes armées, en particulier dans celle du Danube.
Le premier rival auquel le nouvel empereur s'attaque est Pescennius Niger que soutiennent les provinces d'Orient. Il ne parvient à l'éliminer qu'en 195, après l'avoir battu par deux fois, et réduit à merci des villes telles qu'Antioche et Byzance. Dans la même charge, il enlève aux Parthes, qui font mine de l'attaquer, l'Osrohène et l'Adiabène.
Puis, après avoir éliminé ce rival, il se retourne contre Clodius Albinus qui s'est déclaré, à son tour, empereur en janvier 196. Le 6 avril 196, à Viminacium, lors de son passage d'Orient en Occident, Septime Sévère se sent assez fort pour fonder, à son tour, une dynastie. Il nomme César son fils Bassianus (Caracalla).
Septime Sévère doit attendre le 17 ou le 19 février 197 pour battre définitivement Clodius Albinus, près de Lyon, au confluent du Rhône et de la Saône, au cours d'une bataille longtemps incertaine et dans laquelle, d'après les dires de Dion Cassius, les deux empereurs engagent près de soixante-quinze mille hommes chacun.
De retour à Rome, en juin 197, il doit s'imposer en faisant régner l'ordre, son ordre, car les partisans de ses deux rivaux y sont encore nombreux. C'est ainsi qu'il fait exécuter vingt-neuf sénateurs sympathisants de Clodius Albinus. Et le 28 août 197, face au Sénat désormais muselé, il affirme clairement le principe dynastique qu'il entend faire respecter en nommant son fils Caracalla Imperator designatus. Habile politicien, il tempère ce coup de force en procédant à des distributions de blé et d'argent au peuple et en lui donnant des jeux splendides.
Mais très vite, il doit de nouveau quitter la capitale, les Parthes menacent de nouveau l'empire. Il mène contre eux, de 197 à 199, une brillante campagne qui lui permet de leur enlever la Mésopotamie et Ctésiphon, leur capitale, en novembre ou décembre 197.
Il célèbre avec ses soldats cette campagne victorieuse en nommant, le 12 octobre (?) 198, son fils aîné, Caracalla, âgé de 12 ans, coempereur, avec le titre d'Auguste. Geta, son deuxième fils, reçoit, lui, le titre de César.
De 199 à 202, il s'attarde avec sa famille en Orient pour mieux attacher à sa personne ces provinces de l'empire. En Egypte, il n'hésite pas à remonter le Nil jusqu'à la frontière de l'Ethiopie.
Il ne revient à Rome qu'en avril 202. Il refuse le triomphe que veut lui accorder le Sénat. La goutte l'empêche de monter sur un char. Mais il donne au peuple sept jours consécutifs de fête.
En 203 - 204, il se rend en Afrique du Nord et visite plusieurs villes dont Carthage et sa ville natale Leptis Magna.
En 204, il célèbre les Jeux Séculaires, qui doivent marquer le début d'un nouvel Age d'or. Utopie !
Le 22 janvier 205, il sacrifie, à regret, Plautien, son favori. Préfet du prétoire, celui-ci fait la pluie et le beau temps à Rome et dans le reste de l'empire.
Deux versions sont avancées sur les causes de cette chute qui fait grand bruit.
Dion Cassius prétend qu'elle est le fait de Caracalla, qui ne peut souffrir la tutelle de son beau-père. Au cours de l'audience que Septime Sévère accorde à son favori pour lui permettre de se justifier de toutes les accusations dont son beau-fils l'accable, celui-ci ordonne à un licteur d'exécuter sur place son beau-père. Ce qu'il fait.
Hérodien, lui, se fait l'écho de la version officielle. Plautien est mis à mort parce qu'il a tenté de renverser l'empereur.
En 208, Septime Sévère part pour la Bretagne mener campagne contre les Calédoniens qui menacent d'envahir la partie romaine de l'île. Il emmène ses deux fils pour les éloigner des plaisirs de Rome et les endurcir à la vie des camps.
En 209, il élève Geta à la dignité d'Auguste. L'empire est alors gouverné par trois empereurs, dont un est un vieillard et les deux autres encore des adolescents.
En politique intérieure, dans le domaine du droit, Septime Sévère poursuit les réformes entreprises depuis Hadrien, Antonin le Pieux et Marc Aurèle et qui tendent à interpréter la loi de manière plus humaine, plus large, plus attentive à la défense des faibles et en tenant davantage compte des circonstances.
Dans le domaine politique, il limite les prérogatives du Sénat jugé trop rétrograde. Il n'hésite pas à élargir son recrutement pour combattre ses tendances trop réactionnaires.
Dans le domaine financier, il restaure les finances publiques.
Dans le domaine urbanistique, à Rome, il ordonne de grandes constructions et d'importantes restaurations : thermes, aqueducs, théâtres, portiques, casernes.
Dans le domaine militaire, il soigne avec le plus grand soin son armée à laquelle il doit le pouvoir. Il la "provincialise" en substituant aux Italiens ses soldats illyriens. Il améliore grandement leurs conditions matérielles et n'insiste pas trop sur la discipline. Il augmente, par exemple leur solde et il leur permet de vivre hors des camps avec leur femme et leurs enfants... Il change la répartition des légions mise en place par Auguste. En Orient, les légions passent de six à onze, sur le Danube, de sept à douze, et sur le Rhin, de huit à quatre, les Germains paraissant moins dangereux que les Parthes. Enfin, une légion est stationnée en Italie, aux portes de Rome, à Albano, pour tenir en respect aussi bien le Sénat que le peuple.
Dans le domaine économique, en assurant une paix durable, il améliore sensiblement, dès 202, la prospérité des provinces dont il connaît fort bien les besoins grâce à ses nombreux voyages. Cette prospérité est surtout visible dans sa province natale, l'Afrique, dans celle de sa femme, la Syrie, et dans celles de ses soldats, les provinces danubiennes.
Dans le domaine religieux, il favorise aussi bien la religion de l'Etat que les diverses religions "païennes". Croyant, superstitieux même, tout ce qui touche à la religion excite sa curiosité. Vis-vis de la religion chrétienne, il ne marque aucune hostilité de 193 à 202. Son entourage compte de nombreux chrétiens. Mais en 202, dans un rescrit, il ordonne les poursuites d'office à rencontre des chrétiens pour enrayer les progrès de cette nouvelle religion. Ce rescrit déclenche une nouvelle persécution, la cinquième selon les historiens de l'Eglise, à laquelle échappent un Clément d'Alexandrie en prenant la fuite, et un Origène grâce à de puissants appuis, mais à laquelle succombent de simples chrétiens et chrétiennes, telles Perpétue et Félicité, qui subissent le martyre, en 204, à Carthage, lors du voyage de l'empereur en Afrique.
Au printemps 208, Septime Sévère, accompagné de l'impératrice et de ses fils, quitte Rome pour la Bretagne combattre les Calédoniens qui multiplient leurs attaques contre les deux provinces britanniques.
Malade, il entre pourtant en campagne en se faisant porter en litière. Les années 209 à 211 se passent en escarmouches. Malgré tous ses efforts, il ne parvient pas à enlever la décision. Alors qu'il s'apprête à repartir au combat, il meurt, le 4 février 211, à Eburacum (York) des suites des fatigues occasionnées par cette difficile campagne et de la goutte probablement, à l'âge de soixante-cinq ans.

Dixit.
"L'empereur était un homme dur, obstiné et violent. Les dernières années de sa vie, il se faisait transporter en litière. Lorsqu'on voulut le contraindre à abdiquer, sous prétexte de sa faiblesse physique, calme, il déclara : "On gouverne avec la tête, et non avec les jambes".

En touchant l'urne qui devait contenir ses cendres, il aurait dit : "Tu contiendras un homme que l'univers n'a pas contenu".

Sources.
Histoire Auguste: Histoire Auguste : Sévère, XVIII.
Dion Cassius, Histoire romaine, LXXVI.

Source : " Les empereurs Romains - 27 av. J.-C. - 476 ap. J.-C. " - François ZOSSO - Christian ZINGG.