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PROBUS




Nom. Marcus Aurelius Probus.

Naissance. Le 19 août 232, à Sirmium, capitale de la Pannonie.

Famille. Originaire de Sirmium.

Père. Les sources divergent. Selon les unes, son père Maximus serait un tribun militaire, selon d'autres, un agriculteur. Une source grecque en fait même un parent de Claude II le Gothique.

Mère. ?

Portrait. Excellent général, sensé, prudent, ses qualités lui valent l'adoration de ses soldats.

Mariage. ?

Cursus. D'après les rares sources qui nous sont parvenues, Probus, avant de monter sur le trône, aurait conduit une carrière exclusivement militaire. Il serait entré très jeune dans le métier des armes. Son courage exceptionnel au combat l'aurait fait rapidement remarquer par Valérien. Celui-ci l'aurait d'abord nommé tribun, avant de le placer à la tête d'une légion. Sous Gallien, il aurait pris part aux campagnes contre les Germains et les Sarmates. En Afrique, il aurait mené des expéditions contre les peuplades de la Marmarique et les brigands qui infestaient les environs de Carthage. Il aurait commandé la IIIème légion Félix et la IIIème Italica. Sous Aurélien, il aurait obtenu le commandement de la légion Xème Gemina. Il aurait combattu les Egyptiens et les Palmyréniens de la reine Zénobie. Sous le règne de Tacite, les sources deviennent plus claires. On peut passer du conditionnel au présent. Il couronne sa carrière militaire en assumant la fonction de commandant en chef de l'armée d'Orient. A ce titre, il accompagne l'empereur en Asie Mineure, lors de sa campagne contre les Goths. A la mort de Tacite, ses soldats qui lui sont tout dévoués n'hésitent pas à le hisser sur la marche suprême du pouvoir en l'acclamant empereur, à la fin juin 276, quand bien même Florien s'est proclamé empereur, le 7 juin 276, le jour même de la mort de son frère Tacite.

Dies imperii : Fin juin 276.

Règne. Lorsqu'il revêt la pourpre impériale, Probus n'a que quarante-quatre ans. Respectueux du Sénat, après l'élimination de Florien, le 5 septembre 276, il demande à cette auguste assemblée de confirmer son élection.
Un de ses premiers actes est de châtier les meurtriers de Tacite. Pour qu'aucun d'eux n'échappe au châtiment, il leur tend un piège. Il les invite à partager la table impériale. Très honorés par une telle marque d'estime, ceux-ci répondent à son invitation. Au cours du repas, Probus se retire à un étage supérieur d'où il peut les voir se bâfrer à ses dépens. A son signal, ses gardes entrent dans la salle et les massacrent tous. L'un d'eux parvient pourtant à s'enfuir. Mais pas pour longtemps. Rattrapé, il est brûlé vif.
Après avoir rétabli la paix sur la frontière orientale de l'empire et après avoir réuni sous son commandement unique les armées d'Orient et d'Occident, Probus intervient sur la frontière occidentale de l'empire, sur le Rhin, qu'une fois de plus les Germains ont franchie, semant la ruine et la désolation dans une grande partie de la Gaule.
On ne sait s'il faut prendre à la lettre le tableau de chasse dressé par l'Histoire Auguste de cette campagne victorieuse : quatre cent mille barbares tués, seize mille enrôlés sous l'aigle impérial, neuf rois soumis. L'armée romaine fait encore main basse sur leurs troupeaux et leurs récoltes et récupère toutes les richesses qu'ils avaient enlevées aux cités gauloises.
Ce qui est certain, par contre, c'est que Probus ne se contente pas seulement de repousser au-delà du Rhin ces Germains, il continue encore de les traquer sur leurs terres, si bien qu'au début de l'année 278, on peut dire que la Gaule est libérée et la pression des barbares sur le Rhin brisée, du moins pour un temps.
En guise de remerciements, les cités gauloises lui tressent des couronnes d'or.
De 278 à 279, Probus poursuit son oeuvre de pacification, en Rhétie d'abord où il inflige une défaite aux Burgondes, aux Vandales et aux Lygiens, puis en Thrace qu'il nettoie des bandes de pillards sarmates, scythes..., puis en Isaurie et en Pamphylie qu'il libère de la terreur des pirates et de leur chef Palfurius, puis en Egypte qui souffre des incursions des Blemmyes.
Vers la fin 279 ou au début 280, il signe une trêve avec le roi perse Vahram II.
S'il parvient à rétablir une paix certaine sur les frontières, Probus, à l'intérieur, réussit encore à mater plusieurs rébellions fomentées par des rivaux que démange la pourpre impériale.
Ainsi l'Africain Saturninus (A moins qu'il ne soit Gaulois), qui se laisse proclamer empereur, en 280, par une partie de la population d'Alexandrie. Probus vient l'assiéger à Apamée, en Palestine. Sa seule présence suffit à inspirer les craintes les plus vives aux partisans de cet usurpateur qui s'empressent de l'assassiner.
Cette même année, c'est au tour de Bonosus, un Espagnol mâtiné de Gaulois et de Breton, de se soulever à Cologne par peur d'être châtié par l'empereur pour avoir laissé les Germains brûler la flotte du Rhin (Peut-être celle du lac de Constance, si Bonosus assurait le commandement de la Rhétie). Il échappe au châtiment impérial en se suicidant après avoir été battu.
En 281, un certain Proculus, natif d'Albenga, riche en quartiers de noblesse et en sesterces, se laisse lui aussi proclamer empereur par les habitants de Lyon. Veulent-ils se venger des rigueurs que leur avait fait subir Aurélien ? Grand propriétaire brigand, il arme deux mille de ses esclaves. Mais il s'enfuit lorsque Probus marche sur Lyon. Il croit trouver refuge chez les Francs. Ceux-ci n'ont pas la moindre envie d'affronter une nouvelle fois Probus. Aussi s'empressent-ils de le livrer. Proculus est immédiatement mis à mort.
On ne sait si ces rébellions témoignent ou non des tendances séparatistes des provinces occidentales, qui, pour mieux parer les coups que leur portent les barbares, cherchent à mettre sur pied une défense et une organisation locales.
Après avoir battu sur les frontières les ennemis de l'empire et à l'intérieur ses rivaux, Probus peut enfin entrer à Rome en 281 et célébrer un splendide triomphe. On raconte qu'à cette occasion quatre-vingts des six cents gladiateurs qu'il veut faire combattre dans l'arène refusent de s'entre-tuer pour le seul amusement du peuple. Après avoir assommé leurs gardiens, ces soldats du cirque se répandent dans la ville semant la panique et le sang. Mais ils se font rapidement massacrer par des troupes régulières appelées immédiatement en renfort. Cet incident ne ternit pas la fête qui reste longtemps gravée dans toutes les mémoires. En effet, Probus fait transplanter dans l'enceinte du cirque de grands arbres avec leurs racines pour former une forêt dans laquelle il fait lâcher mille autruches, mille daims, mille cerfs et mille sangliers et qu'il donne à chasser aux spectateurs.
Porté au pouvoir par l'Orient, Probus cherche encore à fortifier son autorité en Occident, en offrant aux Gaulois, aux Bretons et aux Espagnols qui ont suivi ses rivaux, le plus beau des cadeaux. Il leur permet de cultiver la vigne et de fabriquer du vin.
Mais Probus n'est pas homme à se reposer sur ses lauriers. Dès les premiers mois de 282, il médite de reprendre à son compte le projet d'Aurélien : reprendre aux Perses la Mésopotamie et l'Arménie. Il se met donc en route pour le limes oriental avec son armée qu'il a fait rassembler sur la rive droite du Rhin. En route, il s'arrête à Sirmium et ordonne à ses soldats d'assainir les environs de la ville en creusant des canaux et des fossés. Construite dans un marais, sa ville natale subit un climat délétère lors des pluies d'hiver.
Son habitude de confier à ses soldats des travaux d'intérêt public rend son règne intéressant. En effet, le peu de temps qu'il passe à la tête de l'empire, il ne l'emploie pas seulement à rétablir la paix aux frontières, la pax romana, la paix fondée sur la force, il l'emploie encore et surtout à construire, à l'intérieur, une paix fondée sur le bien-être des habitants de son empire. C'est ainsi qu'il n'hésite pas, chaque fois qu'il en a l'occasion, à confier à ses soldats d'autres missions que celle de maintenir l'ordre, des missions toutes pacifiques et d'intérêt public : assèchement de marais, construction de routes, participation aux travaux agricoles...
Croit-il vraiment parvenir à établir une paix perpétuelle ? Croit-il vraiment pouvoir transformer son armée de mercenaires en une armée de terrassiers ? Dans tous les cas, vouloir changer la fonction des soldats lui est fatal et atteint le but contraire à celui qu'il recherche, car, à partir de ce moment-là, l'influence des soldats devient prépondérante dans l'élection et... la chute des empereurs.
D'après Aurelius Victor, ce nouveau rôle que Probus entend faire jouer à ses soldats, est la cause immédiate de sa mort. Ses soldats n'apprécient guère d'être obligés de troquer régulièrement leur épée contre une pelle et une pioche, surtout quand il fait une chaleur épouvantable comme en ce jour de septembre 282 où il va inspecter ses soldats terrassiers. Constatant que les travaux n'avancent pas assez vite à son gré, Probus se met à houspiller ses soldats. Fatigués, épuisés, ceux-ci ne supportent pas d'être cravachés. Ils lâchent leurs outils, prennent leurs armes et hurlant de colère, s'avancent menaçants. Probus n'a d'autre alternative que la fuite. Il se réfugie dans une tour mobile et fortifiée qui sert à la surveillance des travaux. Mais ses soldats forcent la porte, le saisissent et le tuent.
Puis, ayant appris que Carus, le préfet du prétoire, responsable de la défense de l'Occident, a profité de l'absence de Probus pour se faire acclamer empereur par ses troupes stationnées en Rhétie et en Norique, ils décident de se mettre à ses ordres.

Dixit : Aurelius Victor rapporte une parole de cet empereur qui nous laisse songeurs sur ses capacités d'analyse de la situation dans laquelle se trouve l'empire qu'il dirige. "Probus déclara, dit-on, que bientôt les soldats n'auraient plus leur raison d'être. Aussi, ces derniers, violemment irrités, le tuèrent-ils."
A propos des empereurs et des risques qu'ils courent en s'asseyant sur le trône de l'empire, l'Histoire Auguste nous livre une réflexion intéressante que Saturninus, un des rivaux de Probus, aurait faite à ceux qui l'avaient élu un peu à la légère : "Mes amis, vous ne savez pas quel malheur c'est que régner ! On a sur la tête des épées suspendues à un fil ; partout des lames, partout des traits ; ses gardes même, on les craint ; ses compagnons même, on les redoute. Nourriture en dépit de votre plaisir ; voyages en dépit de votre volonté ; guerres étrangères en dépit de votre approbation ; guerres civiles en dépit de votre goût. En outre, sur le trône, tous les âges sont objets de blâme. Est-on vieux ? on n 'est pas à sa place '. jeune ? trop d'emportement .'... Obligatoirement vous m'entraînez à la mort. J'ai une consolation : c'est que je ne périrai pas tout seul".

Sources : Cf. Zosime, Histoire Nouvelle, I, LXV, 2.
Aurelius Victor, Livre des Césars, XXXVII, 3-5.

Source : " Les empereurs Romains - 27 av. J.-C. - 476 ap. J.-C. " - François ZOSSO - Christian ZINGG.