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NERON




Nom. Lucius Domitius Ahenobarbus. Le 25 février 50, lors de son adoption par Claude, il reçoit le nom de Tiberius Claudius Nero. Plus tard, il prend les noms de Nero Claudius Caesar Drusus Germanicus.

Naissance. Néron débarque sur la planète Terre, à Antium, le 15 décembre 37, "au lever du soleil, précise Suétone, en sorte qu'il fut frappé de ses rayons presque avant la terre".

Père. Cneus Domitius Ahenobarbus est un aristocrate qui n'a pas bonne presse. Il est connu pour sa cruauté, son absence de sens moral. Il tue ainsi un de ses affranchis qui refuse de boire autant qu'il le lui ordonne. Avec son char, il écrase intentionnellement un enfant dans un village de la voie Appienne. A Rome, sur le forum, il arrache un oeil à un chevalier romain qui lui adresse une remarque. Accusé de crime de lèse-majesté, d'adultères et de relations incestueuses avec sa soeur Lepida, il est finalement arrêté. Mais l'assassinat de Caligula lui permet d'éviter de justesse une mort certaine, qui le rattrape cependant peu de temps après, en 40, en le fauchant d'une attaque d'hydropisie, à Pyrgi. Son fils Néron n'a alors que trois ans.

Mère. Agrippine la Jeune, est la fille de Germanicus et d'Agrippine l'Aînée, la petite-fille de Julie et d'Agrippa, l'arrière-petite-fille d'Auguste et de Scribonia.
Sa vie publique et privée n'est guidée que par une seule ambition: voir son fils Néron monter sur le trône impérial. Elle parvient à son but en trois étapes:
Elle divorce d'abord de son premier mari Cneus Domitius Ahenobarbus, fait assassiner son second mari Crispus Passienus, en 48, pour épouser, en 49, son oncle Claude, après le meurtre de Messaline.
Avec l'aide de son amant Pallas, un affranchi impérial, elle réussit ensuite à convaincre Claude, qui a pourtant un fils, Britannicus, d'adopter Néron.
Enfin, elle fait, selon les témoignages des historiens romains, empoisonner Claude.
La voie est désormais libre. Son fils peut monter sur le trône. Mais celui-ci finit par se lasser de celle mère abusive. En mars 59, il la fait assassiner, après avoir tenté de la noyer. Au centurion qui s'approche d'elle, son poignard à la main, elle crie: "Frappe au ventre", ce ventre qui avait porté son fils.
Portrait. Pour la tradition, Néron symbolise le personnage le plus monstrueux et le plus cruel de l'histoire romaine. Tacite et Suétone font pas dans la dentelle lorsqu'ils décrivent sa perversité, sa folie, son instinct sanguinaire.
Les chrétiens qui ont à subir de façon horrible ses persécutions, ne se font pas faute, eux non plus, de noircir encore le personnage.
"Après avoir fait émasculer un enfant nommé Sporus, il prétendit même le transformer en femme, se le fit amener avec sa dot et son voile rouge, en grand cortège, suivant le cérémonial ordinaire des mariages, et le traita comme son épouse; c'est ce qui inspira à quelqu 'un cette plaisanterie assez spirituelle : "Quel bonheur pour l'humanité si Domitius son père avait pris une telle femme !... On assure même que, jadis, toutes les fois qu'il allait en litière avec sa mère, il s 'abandonnait à sa passion incestueuse, et qu'il était dénoncé par les taches de ses vêtements" (Suétone).
A propos de la persécution des chrétiens, Tacite relève que "on fit de leurs supplices un divertissement: les uns, couverts de peaux de bêtes, périssaient dévorés par des chiens; beaucoup, mis en croix, étaient, lorsque le jour avait disparu, brûlés pour éclairer la nuit. Néron avait offert ses jardins pour ce spectacle".
La recherche contemporaine est plus nuancée dans son jugement. La psychologie permet une approche et une compréhension meilleures du comportement de Néron. Si, à ses yeux, Néron manifeste un comportement pathologique évident, celui-ci trouve, pour une bonne part, son origine dans l'éducation qu'il reçoit. Il reçoit une formation sérieuse, une éducation hellénistique de la part de pédagogues compétents, tels le philosophe Sénèque. Certains d'entre eux cependant ne sont pas toujours très honnêtes, et leurs moeurs pas toujours très réglées. N'a-t-il pas pour premiers pédagogues un danseur et un barbier?
D'autre part, les études archéologiques récentes mettent en évidence l'apport esthétique de cet empereur. Et c'est un des aspects les plus originaux de sa personnalité qu'il ne faut pas sous-estimer. Il se veut poète, chanteur, joueur de cithare, acteur, conducteur de char. Il tient à se produire en public, à participer à des concours, à recueillir les premiers prix et les applaudissements du public. Ce comportement nouveau ne peut que choquer le Romain traditionaliste.

"Il figura dans des rôles tragiques de héros et de dieux, d'héroïnes et de déesses, sous des masques reproduisant ses propres traits ou ceux des femmes qui eurent tour à tour sa faveur. Il chanta entre autres l'accouchement de Canacé, Oreste meurtrier de sa mère, Oedipe devenu aveugle, Hercule furieux" (Suétone).
Les vestiges de la Maison dorée qu'il fait construire entre le Palatin et l'Esquilin laissent entrevoir un empereur soucieux non seulement de rompre avec l'académisme augustéen, mais encore de renouveler l'architecture et la décoration.

Mariage. Agrippine réussit à convaincre l'empereur Claude de donner Octavie, la fille qu'il avait eue de Messaline, comme épouse à Néron. Celui-ci est donc le frère adoptif et l'époux de cette petite qui n'a que 12 ans. Néron en compte 16. Le mariage a lieu en 53. En 62, il la répudie en prenant prétexte de sa stérilité, puis l'accuse d'adultère et d'avortement. Il la condamne d'abord à la déportation, puis la fait mettre à mort, le 19 juin.
Libre, il peut enfin épouser, la même année, Poppée, sa maîtresse depuis 58. Celle-ci meurt en été 65, alors qu'elle est enceinte. Rendu furieux par les reproches dont elle l'accable à la suite d'une rentrée tardive après une course de char, il la frappe d'un violent coup de pied au ventre qui lui est fatal.
En 66, il épouse Statilia Messalina.

Cursus. Domitien se trouve à Rome en décembre 69, lors de la prise de la ville par l'allié de son père, Antonius Primus. Durant la bataille de rues que les soldats de ce général doivent mener pour éliminer les partisans de Vitellius, il manque de peu d'être brûlé vif dans l'incendie du Capitole.
Une fois la ville conquise, Vespasien lui demande de le représenter à Rome, mais Domitien profite de la situation pour mener la plus joyeuse des vies de débauche. C'est une des raisons qui pousse Vespasien à confier à son autre fils Titus le soin de terminer la guerre de Judée et à prendre le plus rapidement possible le chemin de Rome.

Dies imperii : 13 octobre 54 ap. J.-C.

Règne. Néron est acclamé empereur d'abord par la garde impériale, puis par le Sénat. Il signe le début de son règne d'un premier crime. Il fait assassiner, au printemps 55, Britannicus, le fils de Claude, qui vient d'avoir ses 14 ans, et qui peut se révéler un dangereux rival.
Deux personnalités de premier plan l'aident à gouverner : Sénèque, le philosophe et Burrus, le préfet du prétoire. Son programme permet tous les espoirs. Il veut rompre avec la politique centralisatrice de ses prédécesseurs et collaborer avec le Sénat. Il veut mettre fin au régime des femmes et des affranchis. Mais pour réaliser ce programme, il lui faut vaincre deux obstacles de taille : sa mère Agrippine qui entend gouverner sous son nom et sa propre personnalité si trouble. Il réussit à écarter le premier de ces obstacles, en 59. Mais il succombe devant le second, lorsque, en 62, fatigué de ses conseils, il renvoie Sénèque, et que Burrus meurt d'un cancer de la gorge.
Désormais seul aux commandes, il laisse libre champ à son délire.
Longtemps pourtant il reste populaire, car ses crimes ne frappent qu'un cercle restreint, et dans l'ensemble l'empire ne souffre guère de la démence croissante de son empereur.
En politique extérieure, Néron doit affronter, dès la première année de son règne, la Question d'Orient. Les Parthes envahissent l'Arménie, protectorat romain. L'armée romaine, sous le commandement de Corindon, parvient à la reconquérir, en 58 - 59. Mais les Parthes contre-attaquent et infligent aux Romains une défaite si grave, en 62, à Rhandeia, que ceux-ci doivent de nouveau abandonner ce royaume vassal. En 63, refusant cet échec, Néron ordonne la reprise des hostilités qui aboutissent finalement, en 66, à la signature d'une paix avec les Parthes et au couronnement d'un roi reconnu par Rome.
Du côté du Pont-Euxin (mer Noire), Néron parvient à faire passer toute sa côte méridionale sous contrôle romain. Il cherche ensuite à se rendre maître des défilés du Caucase, mais la mort l'en empêche.
En Bretagne, il occupe, en 60, l'île de Mona (Anglesey), le grand centre du druidisme celtique.
A l'intérieur de l'empire, Néron a un besoin d'argent sans cesse croissant pour financer ses campagnes militaires, son commerce avec l'Orient, ses jeux, ses constructions, ses libéralités... En 58, il propose donc une réforme fiscale. Il veut supprimer un certain nombre de taxes indirectes et introduire des impôts directs. Si cette réforme réjouit le peuple accablé par ces impôts indirects, elle provoque, par contre, une levée de boucliers chez les citoyens romains d'Italie qui ne paient point d'impôts directs. Le Sénat refuse d'entériner cette réforme. Cet échec pousse Néron à abandonner peu à peu le système du Principat pour imposer un despotisme de type oriental. Ce qui lui vaut, bien entendu, l'opposition de plus en plus marquée du Sénat.
Dès 60, par le biais de joutes sportives et artistiques (Jeux quinquennaux), il tente d'helléniser les moeurs romaines. Aux valeurs constitutives de la civilisation romaine la gravité, le sérieux, l'esprit d'économie, la décence, l'ordre, la lutte qu'exprime la notion- clé de virtus, Néron cherche à imposer celles de l'âgon, l'exploit sportif et artistique et du luxus, le faste, la splendeur, autrement dit la joie de vivre, la jouissance sans bornes, l'exubérance, l'extravagance, la permissivité... Ce qui lui vaut une opposition de plus en plus marquée et de plus en plus étendue des milieux traditionalistes et une popularité énorme auprès du peuple comblé de jeux splendides.
Il doit aussi faire face à plusieurs insurrections.
En 60 - 61, la Bretagne entière se soulève contre les Romains. La répression par le fer et le feu est menée sans pitié.
Puis, c'est au tour de la Palestine de se soulever, dès 66. Néron doit y envoyer un de ses meilleurs généraux, le futur empereur Vespasien, pour la réprimer.
Et en mars 68, la Gaule est le théâtre d'une rébellion qui menace de contaminer l'Occident tout entier. A sa tête, Vindex, un Aquitain d'ascendance royale, et magistrat romain, légat de la Lyonnaise depuis 67. Il réussit à lever une milice populaire de cent mille hommes et offre la direction du mouvement à Galba. Mais l'armée du Rhin commandée par Vergirnius Rufus, légat de la Germaine Supérieure restée fidèle à Néron, inflige une défaite décisive à Vindex, en mai 68, près de Besançon.
Comme si ses crimes, ses scandales, et ces insurrections ne suffisaient pas, le règne de Néron est encore frappé, en 64, par deux catastrophes l'incendie de Rome, à la fin juillet, et l'incendie de Lyon, en août. Celui de Rome est, semble-t-il, fortuit. Mais parce qu'il favorise singulièrement les projets d'urbanisme de Néron, on accuse ce dernier de l'avoir allumé. Pour calmer l'opinion, il impute ce crime aux chrétiens qu'il fait périr dans d'horribles supplices. Et effectivement, il reconstruit Rome selon un plan et des critères urbanistiques qui lui sont propres et qui répondent aux conditions de confort et d'hygiène du moment. Il profite aussi de l'espace libéré par cet incendie pour faire construire son palais, la célèbre Maison Dorée. Il finance cette opération en pillant littéralement l'Italie et les provinces par des contributions forcées et en dépouillant les temples de leurs richesses.
En 65, il réussit in extremis à déjouer une conjuration fomentée par Pison, un aristocrate. La répression est terrible. Les têtes tombent, nombreuses. Parmi les victimes, Sénèque qui doit s'ouvrir les veines. Le règne tourne alors au règne de la délation et de la terreur dans les hautes sphères de Rome sous la férule de l'affranchi Tigellin.
En 67, les Romains, à leur grand soulagement, voient leur empereur partir pour la Grèce, chercher la consécration de ses multiples talents de poète, de chanteur, de comédien, de cocher... Il remporte évidemment tous les concours et son retour à Rome, en mars 68, ne peut être que triomphal. Les préoccupations économiques ne sont cependant pas totale ment absentes de ce voyage. Il inaugure à Corinthe les travaux du percement de l'isthme.
La révolte de Vindex, en Gaule, au début mars de la même année, la défection de Galba en Espagne, en avril, celle d'Othon, le légat commandant l'armée d'Afrique et d'autres encore, surprennent Néron dans son euphorie. Le coup lui est fatal au point de le rendre incapable de réagir et d'affronter cette levée de boucliers.
Lorsqu'il apprend la défection de son favori Tigellin, puis celle de ses prétoriens qui passent dans le camp de Galba après que le préfet du prétoire, Nymphidius Sabinus, leur ait fait miroiter un donativum de trente mille sesterces, il se rend compte que les dernières lignes de la comédie qu'il donne depuis quatorze ans au peuple de Rome sont en train de s'écrire. Il tente de sortir de la scène par la petite porte en prenant la fuite.
Le Sénat retrouve alors le courage nécessaire pour le déclarer ennemi public et décréter sa mise à mort. Pour la première fois, un empereur est condamné. Le Sénat reconnaît, dans le même mouvement, Galba comme nouvel empereur.
Rejoint et sur le point d'être pris, Néron, qui s'est réfugié dans la maison de campagne de son affranchi Phaon, entre les Voies Salaria et Nomentana, à quatre milles de Rome, s'en fonce un poignard dans la gorge avec l'aide de son secrétaire Epaphrodite. Nous sommes le 11juin 68.

Dixit. A plusieurs reprises, peu avant de mourir, il répète: "Quel artiste meurt avec moi".

Sources.
Suétone, Vie des douze Césars, VI.
Tacite, Annales.

Source." Les empereurs Romains - 27 av. J.-C. - 476 ap. J.-C. " - François ZOSSO - Christian ZINGG.