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MARC AURELE




Nom. A sa naissance, on le nomme Catilius Severus. A la mort de son père, vers 130, il prend les noms de Marcus Annius Verus, et après son adoption, en 138, par Antonin, ceux de Marcus Aelius Aurelius Verus.

Naissance. 26 avril 121, à Rome, sur le mont Caelius.

Famille. Sa famille est originaire d'Espagne, de Succubo en Bétique plus précisément, mais elle s'est fixée en Italie. Elle est apparentée à la famille impériale. Marc Aurèle est le petit-fils de M. Annius Verus, le beau-frère d'Hadrien et l'arrière-arrière-petit-neveu de Trajan. Tant du côté de son père que de sa mère, ses ancêtres ont donné à l'empire plusieurs consuls aux brillantes carrières.

Père. M. Annius, fils de M. Annius Verus. Il meurt jeune encore, en 130, sans avoir dépassé la préture.

Mère. Domitia Lucilla minor, demi-soeur d'Hadrien. Privé de la présence paternelle dès l'âge de trois ans, Marc Aurèle reporte toute son affection sur sa mère qu'il adore par-dessus tout. Educatrice de premier ordre, elle sait le consoler des peines du coeur en lui montrant, par exemple, une fleur qui est amoureuse du soleil. Elle agit comme les amoureux. Elle se tourne vers lui lorsque le soleil se lève, elle le suit dans sa course, mais s'en détourne aussitôt qu'il disparaît.

Portrait. Marc Aurèle passe une jeunesse paisible au milieu de ses grands-pères et arrière-grands-pères, toutes personnes très âgées. Il reçoit la meilleure éducation qu'il soit de recevoir à cette époque par les meilleurs maîtres et sophistes de Rome. Il en aura dix-neuf dont Hérode Atticus qui l'initie à l'éloquence grecque, Cornélius Fronton à la latine, Volusius Maecianus, célèbre juriste, au droit...
A 14 ans, il "se convertit" au stoïcisme. Et sa vie durant, il restera fidèle à cette morale. Il consigne son expérience dans un recueil auquel la tradition a donné le nom de Pensées. C'est dans ce sens qu'il faut comprendre le titre d'empereur philosophe que la tradition lui décernera. Marc Aurèle n'est pas un philosophe qui s'adonne à la spéculation, mais un homme qui s'astreint à une discipline de vie qui engage toute son existence. Et cette discipline de vie consiste avant tout à agir le plus raisonnablement possible.
De santé médiocre, il souffre d'insomnie, de maux d'estomac, d'ulcères chroniques peut-être, qui agissent sur son caractère en le rendant inquiet, tourmenté, pessimiste et que tente d'apaiser son médecin Gallien en le gorgeant de médicaments de sa fabrication.

Mariage. En 135, le jour où il revêt la toge virile, Hadrien le fiance à Fabia, la fille d'Aelius Caesar, son fils adoptif et son héritier présomptif. Pour des motifs d'âge et de convenances, semble-t-il, ces fiançailles seront rompues par Antonin. En 138, lorsque ce dernier l'adopte, il le fiance à l'une de ses filles, Annia Galeria Faustina Junior, née en 132 (?). En 145, Marc Aurèle l'épouse, alors qu'elle atteint ses 13 ans. Elle lui donne 13 enfants : six filles et sept garçons. Elle meurt en 175, à Halea qui prendra le nom de Faustinopolis. Dès ce moment-là, chaque fois qu'il se rend au théâtre, Marc Aurèle fait transporter sur un char la statue d'or de sa femme, la fait placer là où elle avait l'habitude de s'asseoir et oblige les matrones à l'entourer. Après la mort de Faustina, Fabia cherchera à se faire épouser de Marc Aurèle. Mais celui-ci refusera. " Il prit une concubine, la fille d'un de ses procurateurs, pour ne pas donner une marâtre à tant d'enfants." (Histoire Auguste : Marcus, XXIX). Peut-être aussi ne voulait-il pas compromettre l'avenir de son fils Commode, si Fabia lui donnait un fils.

Cursus. Hadrien remarque très vite la valeur de ce petit-neveu. En 126, il le fait chevalier. En 128 ou 129, il le fait entrer dans la confrérie des Saliens (Prêtres de Mars). Le 25 février 138, il demande à Antonin, qu'il a choisi pour successeur, d'adopter son protégé. Dès cet instant, Marc Aurèle sait qu'il sera un jour chef de l'empire.
Sous le règne d'Antonin, il accomplit un cursus accéléré : il reçoit le titre de César en 139, la charge de consul en 140. Il participe aux séances du Conseil impérial. Il reçoit, en 147, la puissance tribunitienne et l'imperium proconsulaire.
Il ne lui manque qu'une chose, l'expérience. Vivant dans l'entourage immédiat de l'empereur, il n'est chargé d'aucun poste militaire ou politique où il pourrait se confronter avec la pesanteur de la réalité. Mais son intelligence, sa volonté, son patriotisme et sa philosophie lui permettent de se montrer à la hauteur de la rude tâche qui est la sienne. Mais est-ce parce qu'il ne se sent pas les épaules assez solides pour porter une telle charge, qu'il obtient du Sénat d'associer à son pouvoir Lucius Verus, son frère adoptif, un jeune homme solide, joyeux, aimant la vie ? Cette corégence dure jusqu'à la mort de Lucius Verus, en 169.
Le 1er janvier 177, Marc Aurèle partage de nouveau son pouvoir en élevant son fils Commode à la dignité de coempereur.

Dies imperii : 7 mars 161.

Règne. Dès le jour où il monte sur le trône impérial, rien ne va comme il peut l'espérer. Autant le règne d'Antonin le Pieux, a été calme, sans difficultés ni problèmes majeurs, autant le règne de Marc Aurèle est agité. Dès 161, brutalement, et sur toutes les frontières, des troubles, des guerres éclatent. Les barbares et plusieurs peuples voisins relèvent la tête, s'enhardissent. Rome, depuis très longtemps, ne montre plus sa force et sa puissance. Depuis quarante ans la paix règne sur les frontières. Or, sur les dix-neuf années de son règne, Marc Aurèle, qui ne rêve que bibliothèque, en passe dix-sept en campagnes militaires.
En 161, la Bretagne est prise d'une nouvelle poussée de fièvre.
En Rhénanie et en Germanie supérieure, les légions doivent affronter une incursion des Chattes.
En 161 toujours, les Parthes déclenchent une nouvelle offensive contre leurs cibles traditionnelles, l'Arménie et la Syrie. Marc Aurèle dépêche son associé Lucius Verus et un de ses meilleurs généraux, le Syrien, Avidius Cassius, sur ce front. Ceux-ci devront lutter jusqu'en 166 pour venir à bout de cet ennemi. Mais dans ses bagages, cette armée d'Orient rapporte la peste qui dévaste Rome et l'empire durant quinze ans.
Ce fléau n'a peut-être pas fait autant de victimes que certains historiens anciens le prétendent, au point de provoquer une dépopulation de l'empire, mais avec ses centaines de milliers de victimes (on avance le chiffre de 200 000 victimes pour la seule capitale de l'empire), cette calamité génère de profondes et graves conséquences économiques et sociales, au point que certains historiens modernes y voient le début de la décadence de Rome.
De 167 à 175, Marc Aurèle doit rétablir la situation sur le Danube où les Quades, Marcomans, Sarmates, Jazyges..., poussés par d'autres peuples germaniques, franchissent la frontière de l'empire et viennent menacer le nord même de l'Italie. Les Quades sont vaincus en 172, les Marcomans en 173. Selon Dion Cassius, les Romains récupèrent plus de quatre-vingt mille prisonniers. En 175, après leur victoire sur les Jazyges, c'est plus de cent mille prisonniers qui sont délivrés (peut-être ces prisonniers ne sont-ils que des sujets romains qui avaient fui la servitude romaine pour la "liberté" barbare).
Pour compléter les effectifs de son armée décimée par la peste, Marc Aurèle doit enrôler des gladiateurs, des brigands, des esclaves...
De 177 à 180, l'insécurité règne de nouveau sur la frontière danubienne, obligeant Marc Aurèle à lancer une nouvelle campagne militaire.
En avril 175, circule à Rome la rumeur que l'empereur est tombé sur le champ de bataille. Ces bruits poussent l'un de ses plus fidèles généraux, Avidius Cassius, vainqueur des Parthes et commandant de toutes les provinces d'Orient, à se proclamer empereur, en mai 175. Mais l'armée reste loyale et Cassius est assassiné trois mois plus tard. Le spectre d'une nouvelle guerre civile est écarté.
Ces campagnes militaires n'empêchent pas Marc Aurèle de gérer l'empire, au plus près de sa conscience et en étroite collaboration avec le Sénat.
Il promulgue toute une série de lois dont plus de 300 textes nous sont parvenus et dont plus de la moitié concerne les femmes, les enfants et les esclaves. Afin d'accélérer l'administration de la justice, il augmente le nombre des jours d'audience.
S'il favorise la vie municipale, il est, par contre, insensible à la misère des masses rurales.
Il crée un véritable état civil romain pour empêcher les fraudes concernant la citoyenneté romaine. Il favorise les talents d'origine sociale modeste.
Comme ses guerres coûtent très cher au Trésor, il cherche à résoudre l'épineux problème financier par un contrôle rigoureux des dépenses et en recourant à des expédients. C'est ainsi qu'il met aux enchères le trésor d'Hadrien. Mais dans l'ensemble, sa politique intérieure poursuit la politique conservatrice d'Antonin.
Sa politique religieuse, par contre, tranche avec celle de ses prédécesseurs immédiats. S'il favorise toutes les religions, il en est une pourtant dont il cherche à limiter l'influence : la religion chrétienne. Stoïcien, il ne comprend pas cette religion. Il la considère comme "une déformation contraire à la nature d'un être raisonnable et sociable". Cette incompréhension vient-elle du manque d'intérêt d'un aristocrate pour une religion qui recrute avant tout ses adeptes dans les classes inférieures ? Peut-être. Marc Aurèle ne comprend pas l'entêtement de ces chrétiens à accepter le martyr. Au lieu de leur reconnaître un courage certain, il leur reproche leur fanatisme. Les persécutions se multiplient donc, d'autant plus que de véritables églises se forment à cette époque-là, à Rome, à Lyon, à Vienne, à Carthage, qu'elles "contaminent" les populations, qu'elles excitent la haine de la populace qui accuse les chrétiens de tous les maux. Parmi les plus illustres chrétiens qui subissent le martyr sous Marc Aurèle, citons l'apologiste Justin, à Rome, et Blandine, jeune esclave, livrée aux bêtes, à Lyon, en 177, avec Pothin, un vieillard de quatre-vingt-dix ans et de nombreux autres chrétiens. Pour Marc Aurèle, ceux-ci sont une menace pour l'ordre du monde, pour la communauté des vivants. En refusant de prier les dieux reconnus qui appartiennent à cette communauté des vivants, ils se retranchent de cette communauté et de sa vie sociale. Cette sédition n'est donc pas tolérable. Elle doit être combattue.
Si ce disciple de Rusticus et d'Epictète est admiré par l'ensemble des historiens anciens, Marc Aurèle partage les historiens modernes. Les uns admirent sa sincérité, son extraordinaire sens du devoir, sa constante recherche à mettre sa vie en accord avec ses convictions philosophiques. D'autres critiquent son manque de clairvoyance qui conduit l'empire sur la voie de la décadence. Quatre provinces sont ravagées, l'armée se barbarise dangereusement. Nombre de ces barbares s'installent en Italie où ils mettent en péril Ravenne. Le pouvoir s'essouffle, l'anxiété face à des temps incertains gangrène la société... Et enfin cet empereur a la faiblesse de laisser le trône à un fils indigne, Commode.
Au début du mois de mars 180, lors d'une campagne contre les Jazyges, Marc Aurèle tombe malade. Où se trouve-t-il ? Les sources divergent. Il campe peut-être à Vienne, plus probablement à Sirmium, en Pannonie (Aujourd'hui, Sremska Mitrovica). De quel mal souffre-t-il ? Les sources divergent aussi sur ce point. Peut-être de la peste. Son agonie semble durer une semaine. Le 17 mars 180, il rend le dernier soupir.

Les Pensées. Elles forment un recueil de treize livres que Marc Aurèle a commencé de rédiger dès 172, alors qu'il mène campagne contre les Quades, en Slovaquie actuelle. Ces Pensées ne sont pas un "journal intime" au sens moderne du terme, même si elles nous donnent de nombreux renseignements sur sa vie, mais elles sont le condensé des exercices spirituels auxquels les stoïciens s'adonnent chaque jour par écrit.

Dixit: "Si Dieu existe, tout est bien ; si les choses vont au hasard, ne te laisse pas aller, toi aussi, au hasard. "

Sources: Dion Cassius, Histoire romaine, LXXIII, XXXI, 2. Marc Aurèle, Pensées.

Source : " Les empereurs Romains - 27 av. J.-C. - 476 ap. J.-C. " - François ZOSSO - Christian ZINGG.