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GALLIEN




Nom. Publius Licinius Egnatius Gallienus.

Naissance. Vers 218.

Père. L'empereur Valérien I.

Mère. Egnazia Mariniana.

Portrait. La tradition sénatoriale représentée par les auteurs de l'Histoire Auguste, ou par Aurelius Victor ou encore par Eutrope brosse un portrait fort peu sympathique du personnage. Gallien est un homme cruel, débauché, perfide, indifférent au sort de son père, qui ne fait pas grand-chose pour sauver l'empire du désastre.
Les auteurs grecs, tels Pierre le Patrice, Zosime ou Zonaras, par contre, sont plus positifs. Ils ne disent pas un mot de ses débauches, de sa cruauté, de sa perfidie. Au contraire, ils nous dépeignent un empereur actif, entreprenant, courant et se battant sur tous les fronts. A leurs yeux, dans la galerie des portraits des empereurs, Gallien fait bonne figure.
Et aux yeux de l'Histoire ?
Elle est plutôt d'accord avec les auteurs grecs. Si les historiens sénateurs font de Gallien le bouc émissaire de tous les maux dont souffre l'empire à ce moment-là, ce n'est pas sans raison. Ils en veulent à Gallien d'avoir renvoyé leurs collègues à leurs chères études en supprimant leur fonction militaire. La situation réclame des hommes courageux. Les sénateurs rechignent à s'exposer ou à se soumettre aux directives impériales. Ils lui en veulent d'avoir laissé se constituer à l'intérieur de l'empire deux Etats indépendants : l'empire de Gaule et le royaume de Palmyre. Ils lui en veulent d'avoir favorisé le christianisme.
Efficace, Gallien réforme l'armée en séparant radicalement le cursus des carrières civiles et militaires. Il tient à confier les commandements aux plus dignes, aux plus capables et non aux "pistonnés". Afin de pouvoir intervenir rapidement sur n'importe quel théâtre de combat, il place sa cavalerie sous un commandement unique et en fait le fer de lance de son armée.
Cultivé, il s'entoure d'une cour qu'animé son épouse Salonina, et qu'éclairé Plotin le philosophe néo-platonicien.
Ami des arts, il favorise leur éclosion. Les chefs d'oeuvre fleurissent en peinture et en sculpture notamment.
Intelligent, il fait cesser les persécutions contre les chrétiens. La paix à l'intérieur de l'empire (ou de ce qu'il en reste) est absolument indispensable pour faire face aux périls qui le menacent de toutes parts. Il promulgue en 260 un édit de tolérance qui ouvre une période de quarante années appelée la "petite paix de l'Eglise".
C'est sur le plan financier qu'il réussit le moins bien. Il ne peut empêcher l'inflation d'atteindre des proportions extraordinaires.
Mais dans l'ensemble, aux yeux de l'Histoire, Gallien n'a surtout pas démérité si l'on prend en compte les conditions dans lesquelles il a dû oeuvrer, car non seulement l'empire est attaqué de tous côtés, non seulement ses chefs militaires lui disputent le pouvoir, mais la peste continue de faire de terribles ravages, décimant soldats et population. L'histoire Auguste avance le chiffre de cinq mille morts par jour.

Mariage. Il épouse Giulia Cornelia Salonina, une Grecque, née en Bithynie. C'est une femme d'une grande finesse, d'une sensibilité extrême et d'une culture exceptionnelle.

Cursus. En 253, lorsque les légions du Rhin et du Haut Danube proclament son père Valérien empereur, Gallien est nommé César, à Rome, par le Sénat. Mais son père le proclame immédiatement coempereur.

Dies imperii : 22 octobre 253.

Règne. Entre 254 et 256, Gallien réussit à repousser une première fois les Francs et les Alamans qui ont envahi la Gaule. Cette victoire lui vaut sur les monnaies frappées à Lyon, à cette époque, le titre de restitutor Galliarum.
Entre 258 et 260, les barbares repartent à l'attaque. L'Occident romain subit une de leurs plus formidables offensives sur le Rhin. Les Francs, une nouvelle fois, envahissent la Gaule en traversant ce fleuve à la hauteur de Cologne.
Les Alamans font de même en forçant la frontière en Rhétie.
Pendant que lui-même intervient dans cette province, Gallien ordonne à Postumus, le gouverneur de la Belgique (?), de repousser les Francs avec l'aide de troupes qu'il fait prélever sur le front danubien.
Cette faiblesse militaire de Gallien a deux conséquences graves.
Le gouverneur de la Pannonie inférieure, Ingenuus, qui voit sa frontière dégarnie et ses provinces danubiennes livrées pratiquement sans défense aux attaques des barbares, manifeste haut et fort son désaccord avec la décision de Gallien en lui contestant, durant l'été ou l'automne 258, le pouvoir en Pannonie.
Postumus qui a repoussé les Francs constate lui aussi qu'il ne peut compter que sur ses seules forces armées pour défendre la Gaule. Il décide donc d'assumer lui-même tous les pouvoirs dans cette partie de l'empire. Il prend le titre d'empereur durant l'année 259 ou 260, fondant ainsi l'empire de Gaule. En usurpant le pouvoir, Postumus ne revendique pas l'empire d'Occident. Il cherche simplement à mieux défendre la Gaule, la Bretagne et la péninsule ibérique en les rassemblant en un Etat. Il semble que la Bétique (Andalousie) reste fidèle à Gallien.
Face à ces deux usurpations, Gallien réagit différemment. Possédant tout de même suffisamment de forces armées pour contrer Ingenuus, il envoie Auréole, son général en chef de la cavalerie, le combattre. Ingenuus est défait à Mursa, en 258.
Par contre, envers Postumus, il tient un tout autre raisonnement. Il se dit qu'il a suffisamment de problèmes sur les bras. La Gaule est en de bonnes mains. Il décide donc de laisser Postumus qui a réussi à stopper les Francs, agir à sa guise en espérant pouvoir s'occuper de lui plus tard.
Dans l'immédiat il doit s'occuper des Alamans. Il ne parvient pas à les contenir tous. Plusieurs de leurs bandes réussissent à atteindre l'Helvétie et à razzier sa capitale, Avenches. Quelques-unes d'entre elles poussent même une pointe jusqu'à Lyon, puis se mettent à descendre la vallée du Rhône, à contourner les Alpes et à entrer en Italie. En compagnie d'autres Germains qui ont passé le Brenner, ces Alamans descendent la péninsule et marchent sur Rome. Au printemps 259, après avoir menacé la capitale de l'empire, alors qu'ils se mettent à remonter vers le Nord semant partout sur leur passage ruine et désolation, Gallien parvient enfin à les arrêter à Milan et à leur infliger une défaite si cuisante qu'ils ne reparaîtront en Rhétie que six ans plus tard, en 267-268.
C'est peu après cette victoire, qu'il apprend la capture de son père, l'empereur Valérien I, par le perse Shapur I.
Puis, entre juillet et décembre 259, il apprend que le général Régalien qu'il a laissé en Pannonie pour maintenir l'ordre et la sécurité, a profité de son absence et de la capture de Valérien pour s'emparer du pouvoir.
Mais cette usurpation ne préoccupe que peu de temps Gallien. Les barbares du Danube : les Sarmates, les Quades, les Roxolans, qui cherchent, eux aussi, à tirer le profit maximum de la capture de Valérien, ont de nouveau franchi le Danube, envahi la Pannonie et emporté Régalien dans la tourmente.
Les nouvelles qui lui parviennent de l'Orient à la même époque ne sont guère meilleures.
Devant l'absence de tout pouvoir fort après la capture de Valérien, un général, Odénathe, a constitué, à l'exemple de Postumus en Occident, un Etat indépendant : le royaume de Palmyre qui englobe la Syrie, la Palestine, l'Arabie et le sud de l'Anatolie. Lui aussi cherche à assurer une meilleure défense de ces terres gravement menacées par les Perses qui tentent de profiter de la situation pour attaquer une fois de plus l'empire romain.
En 260, cet empire se trouve donc déchiré en trois morceaux. Gallien, l'empereur légitime, ne gouverne plus que l'Italie et les provinces danubiennes.
Toujours en Orient, à Ephèse, à l'annonce de la capture de Valérien par Shapur I, les troupes acclament Auguste Macrien le Jeune et Quietus, les deux fils de Macrien, le ministre des finances de l'empereur, qui est parvenu à stopper avec Ballista, le préfet du prétoire, l'armée perse. La plus grande partie des provinces de l'Orient les reconnaît. Fort de ce soutien, Macrien père, croyant pouvoir éliminer Gallien, passe en Europe avec son fils aîné. Auréole, commandant de la cavalerie de Gallien, les défait en Illyrie. Tous deux meurent au cours de la bataille.
Odénathe, prince de Palmyre, entre alors en scène. Il inflige, à Emèse, une autre défaite au deuxième fils de Macrien, Quietus, qu'il fait mettre à mort. Quant à son compère Ballista, il lui accorde la vie sauve. Celui-ci, qui n'en demande pas tant, se fait oublier en rentrant dans la vie privée.
Puis, de 262 à 264, Odénathe s'attaque à Shapur I afin de prendre le contrôle des routes commerciales en direction du golfe Persique. Il réussit. Il inflige une défaite si cuisante à l'armée de Shapur I dans les environs de Carre, en Mésopotamie, que la menace sassa-nide est écartée pour un bon bout de temps.
Grâce à ses victoires sur les Macrien et sur les Perses, le prince de Palmyre se retrouve seul maître de l'Orient romain. Gallien, trop heureux de pouvoir compter sur lui pour bloquer les Perses, est obligé d'accepter cette situation et lui décerne le titre de Corrector Orientis. Les apparences sont sauves, bien qu'Odénathe n'hésite pas à porter le titre d'empereur.
De 263 à 267, Gallien doit faire face à une nouvelle série d'incursions de Goths qui, traversant le Danube et le Pont-Euxin, se jettent sur l'Asie Mineure et la Grèce aussi bien par terre que par mer semant partout la mort, la ruine et la désolation. Grâce à sa victoire sur le Nestus, Gallien parvient finalement à les refouler sur la rive gauche du Danube. En 266, Odénathe marche, lui aussi, contre les Goths qui menacent son royaume. C'est durant cette campagne qu'il meurt dans des circonstances très troubles en 266 ou 267. Sa femme, la célèbre reine Zénobie, prend alors le pouvoir en qualité de tutrice de son fils Vaballathe. Tous deux se décernent le titre de roi des rois, d'empereur, d'Auguste et prennent de plus en plus de distance vis-à-vis de Rome.
Alors que Gallien inflige aux Goths une sévère défaite, en 267, sur le Nestus, Auréole, l'un de ses plus brillants généraux qui l'a délivré aussi bien de Macrien que d'Ingenuus, se laisse à son tour tenter par l'attrait du trône impérial. Il assure la défense de l'Italie du Nord. A la fin de l'année 267 ou au début de 268, à Milan, ses soldats l'acclament empereur. A cette nouvelle, Gallien revient précipitamment en Italie, par Sirmium, Aquilée, Vérone. Il bat Auréole sur l'Adda et l'enferme dans Milan. Le 22 mars 268 (ou en juillet-août 268), Gallien est près d'enlever la ville quand un complot éclate dans son état-major.
D'après Zosime, les conjurés montent un plan très simple. Alors que Gallien est en train de dîner sous sa tente, l'un d'eux l'avertit qu'Auréole est en train d'opérer une sortie et attaque le camp. Ce qui est faux. Gallien abandonne aussitôt son repas, demande ses armes, fait sonner l'alarme, saute sur son cheval et part au combat sans être protégé par ses gardes de corps. C'est le moment qu'attend le commandant de l'unité de cavalerie dalmate pour agresser Gallien et l'égorger.
A la tête des conjurés se trouve Aurélien, le futur empereur. Mortellement blessé, Gallien peut encore faire porter à Claude, le commandant de sa cavalerie, les insignes impériaux, le désignant ainsi pour son successeur.

Dixit.
Quand il apprend que son père Valérien a été fait prisonnier par le Perse Shapur, il plagie un philosophe qui, à la mort de son fils, aurait prononcé cette parole : "Je savais que j'avais un fils mortel." en disant : "Je savais que mon père était mortel ".

Sources :
Histoire Auguste : Gallien.

Source : " Les empereurs Romains - 27 av. J.-C. - 476 ap. J.-C. " - François ZOSSO - Christian ZINGG.