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GALBA




Nom. Servius Sulpicius Galba.

On ne sait pas au juste pour quel motif le surnom de Galba fut donné au premier des Sulpicii qui le porta, ni d’où il vint. Ce fut, d’après certains, parce que après avoir long temps assiégé sans succès une place forte d’Espagne, il l’incendia enfin avec des torches enduites de galbanum (Suc résineux d’une plante de la famille des ombellifères .) ; selon d’autres, parce que durant une longue maladie, il fit régulièrement usage de galbeum, c’est-à-dire de pansements entourés de laine; quelques-uns l’expliquent en disant qu’il était fort gras, ce que traduisait le mot galba, en langue gauloise; d’autres, au contraire, que son extrême maigreur le fit comparer aux insectes naissant dans les chênes et qu’on appelle galbae” (Suétone).

Naissance. Galba voit le jour le 24 décembre en 5 (ou en 3 av. J.-C.), à Terracina, au bord de la mer Tyrrhénienne, sur le golfe de Gaète, séjour favori de l’aristocratie romaine.

Famille. Successeur de Néron, Galba est le premier empereur à n’avoir aucun degré de parenté avec la famille julio-claudienne. Il appartient à la gens Sulpicia, une famille de la haute noblesse romaine.

Père. Son père est un avocat de renom malgré un talent oratoire médiocre et un physique peu engageant. De petite taille, il est encore affligé d’une bosse, qu’il dévoile, à la veille de son mariage, à sa deuxième femme, Livia Ocellina, dotée, elle, d’une grande beauté “afin de ne point paraître abuser de son ignorance”. Livia Ocellina adopte son beau-fils et lui lègue une partie de son immense fortune. De tous les empereurs, Galba sera celui qui possédera la plus grosse fortune privée.

Mère. Galba est le deuxième fils de Mummia Achaïa, la première femme de son père.

Portrait. A la fin de sa vie, son physique est franchement repoussant: chauve, les yeux bleu sombre, le nez aquilin, il a la petite taille de son père. S’il n’a pas hérité de sa bosse, il est affligé, par contre, sur son côté droit, d’une excroissance de chair si volumineuse qu’il ne peut la contenir qu’au moyen d’un bandage. De plus, la goutte déforme à ce point ses pieds et ses mains qu’il ne peut ni enfiler une paire de chaussures, ni même dérouler un simple billet.
Homme de principes en apparence, il est en réalité un capricieux. Et son entourage est franchement détestable.
Son goût pour l’austérité le pousse à l’avarice et sa sévérité dégénère trop souvent en cruauté. L’homme est habile certes, mais sa prudence le laisse patauger parfois dans l’indécision.
"rempli d'or pour une valeur d'un million de sesterces". Cet aristocrate n’est pas un ambitieux. Ses premières monnaies, par exemple, ne portent ni son effigie, ni le titre d’Auguste, mais uniquement la mention de “légat du Sénat et du peuple romain”.
Sa passion le portait de préférence vers les mâles, mais il les voulait très vigoureux et mûrs; on rapportait qu’en Espagne, lorsque Icelus, l’un de ses anciens mignons, lui annonça la mort de Néron, non seulement il le serra étroitement dans ses bras devant tout le monde, mais le pria de se faire épiler sur-le-champ et l’emmena à l’écart.

Mariage. Est-ce son homosexualité ou son chagrin qui le poussent à ne plus chercher à se marier après la mort de sa femme, Lepida, et de ses deux fils?

Cursus. Protégé de Livie, l’épouse d’Auguste, Galba entame sa course aux dignités avant l’âge légal. Préteur, sous Tibère, à 20 ans, puis gouverneur de l’Aquitaine, il est élu consul en 33. Puis il est nommé par Caligula légat de la Germanie supérieure. Il rétablit l’ordre et la discipline dans cette armée du Rhin. Grâce à cette reprise en main vigoureuse, il peut contenir les Germains qui se pressent aux frontières de l’empire. C’est lui qui dirige les opérations lors qu’en 40, Caligula traverse le Rhin et fait une démonstration de force à leur encontre. A la mort de cet empereur, certains de ses amis le poussent à briguer le titre impérial. Il croit plus habile de se mettre en congé de l’empire. L’empereur Claude apprécie le geste et le remercie en le faisant entrer dans le cercle de ses intimes. En 41, peu après l’avènement de celui-ci, Galba, encore légat sur le Rhin, bat les Chattes et rapporte la dernière aigle romaine restée aux mains de ce peuple, après le désastre de Varus, en 9 ap. J.-C.
En 42, Claude lui donne le proconsulat de l’Afrique. Il repousse les nomades du Sud de l’Atlas et rétablit la paix dans cette province. A l’avènement de Néron, il se met de nouveau en congé de l’empire. C’est durant cette seconde retraite anticipée qu’il étale son avarice devant les yeux stupéfaits des habitants de la ville de Fondi où il séjourne un temps. Est-ce la peur de manquer ? Est-ce la peur de se faire dépouiller ? Il ne sort jamais de chez lui, même pour une promenade en litière, sans se faire suivre d’un chariot contenant de l'or pour une valeur d’un million de sesterces ! Néron le tire de son oisiveté en lui confiant le gouvernement de l’Espagne Tarraconnaise. Il administre cette province huit ans durant, d’une main de fer. Un changeur malhonnête en fait la cruelle expérience. Galba ordonne de lui couper les mains et de les clouer sur son comptoir.
Redoutant la méfiance de Néron comme la peste, il prend de moins en moins d’initiatives pour ne pas lui porter ombrage. A ceux qui lui demandent la raison de cette paresse administrative et politique, il répond “On ne peut obliger personne à rendre compte de son inaction”. Mais au printemps 68, lorsqu’il est à peu près certain que Néron va basculer devant la montée de l’opposition, il joue son va-tout.
Il séjourne à ce moment-là à Clunia (auj. Corona del Conde en Vieille-Castille). Superstitieux comme beaucoup de ses contemporains, il consulte le prêtre du temple local consacré à Jupiter. L’oracle que lui rend celui-ci pèse lourd dans sa décision. Il lui annonce qu’un jour sortirait d’Espagne le prince et le maître souverain de l’empire. Convaincu que cet oracle lui est destiné, il s’allie avec Vindex, légat de la Lyonnaise, qui s’est rebellé entre le 9 et le 12 mars. Et les 2, 3 avril, Galba entraîne l’Espagne dans la rébellion. Il persévère dans sa révolte malgré la défaite que Verginus, commandant des troupes de Germaine, inflige à Vindex, en mai, près de Besançon. Il sait que Verginus n’a pas cherché à sauver Néron. Il a cherché à sauver l’empire de l’éclatement. Il sait aussi qu’à Rome, l’opposition gagne chaque jour du terrain et est prête à le reconnaître pour empereur. Il sait que le Sénat l’attend. N’est-il pas l’un des leurs ? Il sait que les proches, les conseillers et les collaborateurs de Néron quittent celui-ci les uns après les autres, comme les rats abandonnent un navire sur le point de sombrer. Il emporte la mise lorsque le préfet du prétoire, Nymphydius, parvient, grâce à une somme d’argent très importante, à convaincre ses prétoriens de lui faire allégeance.
Le 11 juin 68, Néron, abandonné de tous, se suicide et Galba est nommé empereur.

Dies imperii : 11 juin 68 ap. J.-C.

Règne. Son programme est clair. Il veut rompre avec les temps néroniens et faire oublier la tyrannie de ses prédécesseurs, Auguste excepté. A l’empire autoritaire du dernier empereur, il veut substituer la libertas, c’est-à-dire l’Empire libéral en revenant au Principat défini par le premier empereur. Les inscriptions monétaires se font l’écho de cette volonté de changement. “Libertas P(opuli) R(omani), Libertas Aug(usta), Libertas Publica, Roma Renascens.. ». Mais personne ne se fait d’illusion sur les capacités de l’homme fort du moment à régler les problèmes de l’empire. Sa réputation est faite. Si, à son arrivée à Rome, vers la fin septembre ou durant la première quinzaine d’octobre 68, il suscite quelque espérance en supprimant les prodigalités les plus criardes de Néron, Galba se met très rapidement à dos toutes les couches sociales de la capitale d’abord, puis de l’empire, en péchant dans l’excès contraire. Il coupe tous les subsides, exempte ou surtaxe les cités selon ses propres intérêts.
De plus, mal conseillé, il ne parvient pas à gouverner avec plus d’équité que Néron. “Tout était à vendre, les affranchis étaient tout-puissants ; les esclaves portaient leurs mains avides sur les aubaines qui s’offraient et, se disant qu’ils avaient affaire à un vieillard, ils se hâtaient; c’étaient dans la nouvelle cour tous les désordres de l’ancienne, aussi pénibles, moins excusables” (Tacite). Il fait ainsi exécuter Mithridate, le roi du Bosphore, que Claude a fait prisonnier en 48 ou 49 et qui croupit dans une geôle de Rome. Il fait montre parfois d’une cruauté extrême. Aussi l’armée et la garde prétorienne qui l’ont hissé au pouvoir vont-elles le lâcher rapidement lorsqu’elles réalisent, elles aussi, qu’elles ne reçoivent en retour, pour prix de leur soutien, aucune espèce sonnante et trébuchante.
Le 1er janvier 69, les légions de Germanie supérieure font sécession et demandent un autre empereur. Le lendemain, c’est au tour des légions de la Germanie inférieure de proclamer empereur leur chef, Vitellius. Galba croit conjurer ce double danger en adoptant L. Calpurnius Piso Licianus, aristocrate vertueux, sans reproche, âgé de 31 ans. Il le présente le 10 janvier au Sénat et aux prétoriens comme son héritier. Mais ceux-ci, avant que ne se mettent en marche les armées de Vitellius, choisissent, à leur tour, un candidat: Othon, un ancien favori de Néron, qui leur a versé à chacun d’eux dix mille sesterces, et leur en a promis cinquante mille autres s’ils le débarrassent de Galba. Ils ne se font pas prier davantage. Le 15 janvier 69, ils égorgent Galba et son successeur Pison, et proclament Othon empereur.

Dixit.
Aux soldats de la garde prétorienne lui réclamant les gratifications qu’il leur avait promises pour leur soutien, il répond: «J’ai coutume d’enrôler des soldats, non de les acheter”.
Cette réponse lui vaut, dès ce moment-là, une haine solide de ses soldats.
Après l’avoir égorgé, les prétoriens abandonnent le corps de Galba aux vivandiers et aux valets d’armée qui plantent sa tête sur une pique et la promènent en criant: “Galba, dieu de l’amour, jouis de ta jeunesse !“; ce qui les excitait surtout à cette sorte de plaisanteries lascives, c’est que, d’après un bruit ayant couru quelques jours auparavant, Galba avait répondu à une personne qui le complimentait sur sa mine encore florissante et sur sa verdeur: “Mes forces sont encore entières” (Suétone).

Sources :
Suétone, Vies des douze Césars, VII.
Tacite, Histoires.

Source : " Les empereurs Romains - 27 av. J.-C. - 476 ap. J.-C. " - François ZOSSO - Christian ZINGG.