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EUGENE




Nom. Eugenius. Ses autres noms sont inconnus.

Naissance. Date inconnue.

Famille. ?.

Père. ?.

Mère. ?.

Portrait. Son visage allongé est orné d'une barbe et d'un nez crochu. Pétri d'érudition, il enseigne la rhétorique à Rome.

Mariage. On ne connaît pas le nom de son épouse qui lui donne un fils, dont on ignore aussi le nom.

Cursus : Eugène est trop honnête pour usurper lui-même le pouvoir. Arbogast, le général que l'empereur Théodose I a placé auprès du jeune empereur Valentinien II, a un oncle du nom de Ricomer. Eugène fréquente la maison de ce Ricomer. Comme on ne se refuse rien entre amis, cet oncle s'empresse de recommander Eugène à son puissant neveu lorsque celui-ci se met à dominer la scène politique en Occident. Arbogast en fait le chef d'un des bureaux de l'empereur Valentinien II. Très vite, il s'aperçoit de la valeur de ce professeur romain.
Lorsque Valentinien II meurt, assassiné (?) le 15 mai 392, Arbogast se retrouve seul maître de l'Occident, sous l'autorité nominale de Théodose I. Il croit, semble-t-il, que l'empereur d'Orient ne fera pas un drame de la disparition de son beau-frère. Mais c'est sans compter Galla, l'épouse de Théodose I, qui, elle, fait tout un drame, lorsqu'elle apprend, au début juin 392, la disparition de son frère. Très influente sur son mari, elle le pousse à ne pas s'accorder avec Arbogast qu'elle soupçonne d'avoir trempé, sinon d'avoir commandité l'assassinat de Valentinien II, et à intervenir contre lui.
Sitôt informé, Arbogast, sentant venir le danger, pense trouver le salut en usurpant le pouvoir. Ses origines franques lui interdisent certes de revêtir lui-même la pourpre impériale. Mais il trouve en Eugène l'ami qui accepte de servir de prête-nom. Il se laisse proclamer Auguste par les troupes d'Arbogast, le 22 août 392, à Lyon probablement.
En janvier 393 (Les biographes ne s'entendent pas sur la date exacte de cette nomination : Le 10 janvier, le 19 ou le 23 ?), Théodose I répond à cette usurpation en proclamant Auguste d'Occident son fils Honorius.

Dies imperii : 22 août 392.

Règne. Eugène fait de Trêves sa capitale et sans perdre de temps, il cherche, malgré tout, à se faire reconnaître par l'empereur Théodose I. Il fait preuve d'esprit de conciliation en frappant des monnaies au nom de ce dernier et aux noms de ses fils Arcadius et Honorius. Théodose I reste de marbre. Eugène lui envoie alors une ambassade en automne 392.
Théodose I, bien évidemment, refuse d'entrer en matière. Mais comme il a besoin de temps pour mettre sur pied une nouvelle expédition en Occident afin d'éliminer ce rival, il endort la méfiance des ambassadeurs sous un flot de paroles apaisantes, compréhensives et sous une avalanche de magnifiques cadeaux.
Chrétien certes, mais sympathisant du paganisme et soutenu par ses adeptes, Eugène cherche aussi à se faire reconnaître par une des plus hautes autorités spirituelles de cette époque, par saint Ambroise. Le mutisme de l'évêque de Milan exprime on ne peut plus clairement son désaveu.
Devant le refus de ces deux autorités de le reconnaître, Eugène essaie alors d'obtenir leur aval par la force.
Il conclut d'abord une paix avec les Francs et les Alamans pour assurer ses arrières sur le limes du Rhin. Puis au printemps 393, il marche sur l'Italie.
Lorsqu'il entre à Milan, Ambroise doit le reconnaître empereur de facto, mais il refuse de communier avec lui.
Lorsqu'il entre dans sa ville de Rome, Eugène peut sans difficulté aucune nommer son fils préfet de la ville. Bon politicien, il ménage la hiérarchie catholique en refusant de rendre aux temples les biens confisqués et attribués aux églises chrétiennes, mais il obtient la reconnaissance de l'aristocratie "païenne" en rendant aux sénateurs "païens" les biens qu'on leur avait confisqués. Il rend de même la liberté de culte aux hérétiques. Les beaux jours du règne de Julien semblent revenus à Rome qui voit, comme par enchantement, les cultes orientaux et romains ressusciter.
Le pouvoir d'Eugène se renforce encore lorsque l'Espagne et l'Afrique se rallient à sa cause.
Mais après deux ans de préparatifs, Théodose I est enfin prêt pour tenter d'éliminer ce rival, briser la réaction "païenne" que celui-ci a déclenchée et asseoir sur le trône d'Occident son fils Honorius. Il rassemble une armée formée pour l'essentiel de contingents barbares, de Goths et de Huns principalement. Au nombre de ses généraux, deux hommes qui vont bientôt se distinguer, le Vandale Stilichon et le Goth Alaric.
Théodose I quitte Constantinople en mai 394. Il remonte les Balkans, passe les défilés des Alpes Juliennes et rencontre l'armée d'Eugène et d'Arbogast, le 5 septembre 394, entre Emona et Aquilée, sur la rivière Froide (Aujourd'hui la Wippach, un affluent de l'Isonzo), sur le versant occidental du col du Poirier.
Sûrs de leurs forces, Eugène et Arbogast annoncent, au grand plaisir du parti "païen", qu'après leur victoire, ils transformeront les églises en écuries et les prêtres en soldats. Deux grands spécialistes en art divinatoire, le "païen" Nicomaque Flavien donne, bien entendu, Eugène et Arbogast vainqueurs, tandis que le moine égyptien Jean prédit le succès à Théodose I. Tant aux yeux des chrétiens que des "païens", cette bataille apparaît comme un jugement de Dieu ou des dieux.
Lors du premier choc, l'armée de Théodose I plie et doit faire retraite. Elle perd dix mille hommes. Mais, le lendemain, la trahison d'un lieutenant d'Arbogast permet aux généraux de Théodose I de renverser la situation et de battre à plate couture l'armée d'Eugène. Lors de cette bataille décisive, l'armée impériale est aidée par un coup de vent terrible soufflant contre l'ennemi, le gênant et l'aveuglant dans ses mouvements.
On ne sait si Eugène est tué lors de cet assaut conjugué des forces de Théodose I et de la bora, ce vent local, s'il se suicide à la suite de cette défaite du 6 septembre 394, ou s'il est fait prisonnier et exécuté sur-le-champ. Deux jours plus tard, le 8 septembre, Arbogast se donne la mort pour échapper à Théodose I.
Cette défaite marque la défaite définitive de la religion païenne. Désormais elle ne trouve plus que quelques adeptes dans quelques familles sénatoriales, dans le petit cercle des philosophes néo-platoniciens, et, parmi le peuple, dans une minorité sans cesse décroissante.

Source : " Les empereurs Romains - 27 av. J.-C. - 476 ap. J.-C. " - François ZOSSO - Christian ZINGG.