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DIOCLETIEN




Nom. Diocles. Lorsqu'il est proclamé empereur, il prend les noms de Caius Valerius Aurelius Diocletianus.

Naissance. Vers 245, en Dalmatie.

Famille. Elle semble de condition très modeste. Ses parents auraient même été esclaves d'un certain Anulinus, sénateur romain.

Père. Son père exerce peut-être le métier de greffier.

Mère. Son nom de Diocles viendrait du nom d'une petite ville de Dalmatie, Doclia, d'où sa mère serait originaire.

Portrait. D'après ses biographes et les monnaies qui le représentent, Dioclétien est un homme grand, au maintien imposant, voire majestueux. Il a les yeux bleus, le nez court, les lèvres fines. S'il porte une petite tête ornée d'une barbe, l'intelligence qu'elle contient, par contre, est immensément grande.
Les jugements sur sa personne sont des plus contrastés. Là où les uns louent sa force de caractère il n'hésite pas à frapper quand le bien de l'empire l'exige les autres l'accu sent d'être un homme violent, cruel. Là où les uns louent son acharnement à se donner les moyens financiers pour réaliser sa politique, les autres l'accusent de rapacité, d'avarice. S'il est bien vrai qu'il n'a pas l'envergure d'un homme de guerre, il est indéniable qu'il possède le gabarit d'un grand homme politique.

Mariage. Il épouse une certaine dame Prisca qui lui donne une fille, Valeria. Celle-ci épousera, en 293, l'empereur Galère.
Soupçonnant sa femme et sa fille d'être chrétiennes, Dioclétien les oblige toutes deux, lors de la persécution de 303, à sacrifier aux dieux.
Lorsque Galère meurt en 311, son successeur Maximin Daia propose à Valeria le mariage. Furieux d'essuyer un refus, Maximin Daia la condamne elle et sa mère à l'exil dans le désert de Syrie malgré les plus vives protestations de Dioclétien.
Lorsque leur persécuteur meurt en 313, peu de temps après Dioclétien, les deux femmes cherchent refuge auprès de Licinius. Mais celui-ci ne tient pas à conserver en vie ces deux anciennes impératrices. Lorsque celles-ci apprennent que ce nouvel empereur a décrété leur mort, elles cherchent leur salut dans la fuite. Rattrapées, vers la fin de l'année 314, à Thessalonique, elles sont décapitées et leurs corps jetés à la mer.

Cursus. Dioclétien est commandant des protectores, lorsqu'il est proclamé empereur par ses troupes, à Nicomédie (ou à Calcédoine), le 20 novembre 284, après avoir assassiné le préfet du prétoire, Arrius Aper, soupçonné d'être le meurtrier de l'empereur Numérien.

Dies imperii : 20 novembre 284.

Règne. En montant sur le trône, Dioclétien tente de résoudre le problème lancinant de l'usurpation du pouvoir par qui détient une quelconque force armée.
Il pense le résoudre en appliquant avec la plus grande rigueur la maxime qui recommande de diviser pour régner.
Non seulement il sépare autant que possible le pouvoir militaire du pouvoir civil, mais chaque fois qu'il le peut, il fractionne encore le pouvoir des titulaires des diverses charges.
Non seulement il supprime le statut privilégié dont jouit du point de vue administratif l'Italie, non seulement il réduit à néant le rôle politique de Rome en dotant l'empire de plusieurs capitales interchangeables Trêves, Milan, Aquilée, Nicomédie, Antioche..., mais il réduit encore pratiquement à néant le poids politique des provinces en réorganisant complètement les structures de l'Etat. Il confie l'empire à deux grands gouvernements, l'un se chargeant d'administrer l'Occident et l'Afrique, l'autre l'Orient et l'Egypte. Chacun de ces gouvernements est à son tour subdivisée en deux préfectures. Chacune de ces préfectures est subdivisée en six diocèses, et chaque diocèse en provinces d'étendue très réduite.
De plus, il se rend compte que pour tuer dans l'oeuf toutes velléités de rébellion, l'empereur doit intervenir partout en même temps. Il pense donc plus sage de partager son propre pouvoir en deux d'abord, puis en quatre.
Il choisit comme coempereur un de ses meilleurs amis, un compatriote, Maximien. C'est un soldat courageux. Il lui confie la défense de l'Occident plus exposé aux attaques des barbares, tandis qu'il se réserve l'administration de l'Orient. En novembre 285, il le nomme César et le 1er avril (ou en septembre) 286, Auguste.
Mais s'il trouve sage de partager son pouvoir, il entend cependant demeurer le premier. Il exprime cette volonté, le 21 juillet 287, en prenant le surnom de Jovius, et en donnant à Maximien celui d'Herculius. En se plaçant dans la descendance fictive du père de tous les dieux et de tous les hommes, il marque sa position par rapport à celle de son collègue en le plaçant dans la descendance tout aussi fictive, mais inférieure, de celle du plus éminent des héros, Hercule.
A la fin de l'année 290, lors d'une rencontre à Milan avec son collègue Maximien, Dioclétien constate qu'ils ne sont pas de trop pour faire face à toutes les tâches. Aussi, après trois années de réflexion, il décide de transformer leur dyarchie en tétrarchie.
Il choisit donc comme Césars deux généraux illyriens de valeur, Constance Chlore et Galère. Maximien adopte Constance Chlore le 1er mars 293 et Dioclétien adopte Galère le 21 mai 293. Les sources ne sont pas claires sur la date de la nomination de ces deux Césars. Il se peut qu'ils aient été élevés tous les deux à cette dignité le 1er mars 293, mais intronisés à des dates différentes. Les nouveaux élus reçoivent la puissance tribunitienne et l'imperium. Entre les quatre s'établit une hiérarchie bien précise. Au premier rang, Dioclétien, au second Maximien, au troisième Constance Chlore qui a été adopté avant Galère, lequel occupe le quatrième rang.
Si, au début de leur collaboration, les deux Césars assistent dans toutes leurs tâches les deux Augustes, peu à peu chacun prend plus particulièrement en charge une partie de l'empire Dioclétien l'Orient; Maximien l'Afrique, l'Italie et l'Espagne; Constance Chlore la Gaule et la Bretagne avec comme capitale Trêves ; Galère l'Illyrie, c'est-à-dire les régions situées au sud du Danube, depuis la mer Noire jusqu'à l'Inn, avec comme capitale Sirmium.
En revêtant la pourpre, Dioclétien tente de résoudre un second problème.
Comment rendre fort son pouvoir afin de défendre efficacement un empire si vaste et dont les frontières sont continuellement assaillies par d'innombrables peuplades qui n'ont qu'un seul but : les franchir ?
Si Dioclétien et ses collaborateurs tentent de répondre à cette question en passant beau coup de temps à fortifier les frontières, ils entreprennent encore toute une série de réformes qui, à vrai dire, parachèvent celles de leurs prédécesseurs, des Sévères notamment.
Non seulement ils réduisent à néant l'autorité du Sénat de Rome, mais toutes les mesures qu'ils prennent, aussi bien celles qui touchent à l'étiquette de la cour, au fonctionnement de l'administration, à la composition de l'armée.. vont toutes dans le même sens, celui du renforcement de leur autorité.
De plus, si Dioclétien n'est pas le premier empereur à se faire adorer publiquement comme dieu, il est le premier à se rattacher à Jupiter en prenant le nom de Jovius et à instituer un véritable rite d'adoration. Désormais, tout personnage admis en sa présence devra s'agenouiller à ses pieds, comme devant la statue d'un dieu, et baiser un pan de son vêtement pourpre. En manifestant par ce nom et ce rite, la présence divine, non pas dans sa personne, mais dans sa fonction, il renforce considérablement son pouvoir.
Dioclétien, pour gouverner, a besoin de voir, de toucher concrètement les problèmes à résoudre. C'est la raison qui le pousse à visiter les unes après les autres, les provinces de son domaine, l'Orient.
En 285-286, il séjourne à Nicomédie, puis à Tibériade en Palestine, puis à Héraclée en Thrace.
En 288-289, il se bat en Rhétie contre les Germains. Au début de l'année 290, il est à Sirmium.
De 293 à 294, on le retrouve en Illyrie, en Thrace, à Sirmium de nouveau, à Byzance, à Nicomédie.
Il passe ensuite, en compagnie de Galère et du fils de Constance Chlore, le futur empereur Constantin, en Egypte, que sa politique fiscale plus sévère a mise en ébullition. Il doit réprimer la rébellion d'un certain Achilleus qui se proclame empereur, en 296 ou en 297, sous le nom de L. Domitius Domitianus. En 298, c'est chose faite après un siège de huit mois de la ville d'Alexandrie où s'est réfugié cet usurpateur. Pour punir celle ville de sa révolte, Dioclétien ordonne la fermeture de son atelier monétaire.
En 296-297, il charge Galère d'arrêter les Perses qui ont franchi une nouvelle fois le Tigre. Celle campagne, qui débute par une défaite en Osrohène, s'achève par une victoire éclatante sur l'Araxe et une négociation, à Nisibe, en 298, qui assure la paix sur ce front durant une cinquantaine d'années. La frontière est repoussée au-delà du Tigre par l'annexion de cinq provinces "transtigritanes" et par la construction d'un limes truffé de forts et de troupes, fermant les routes du désert de Syrie.
Ses inspections et ses interventions le poussent à augmenter de trois cents à quatre cent mille les effectifs de l'armée et à porter le nombre des légions de trente-quatre à soixante- huit, quarante-six stationnant aux frontières, les vingt-deux autres étant réparties à l'intérieur de l'empire et tenues en réserve.
En politique intérieure, son activité est tout aussi intense.
Dans le domaine du droit, il fait rédiger à Beyrouth deux recueils, le Code Grégorien et le Code Hermogénien. Le premier regroupe les constitutions impériales promulguées depuis Hadrien jusqu'au début de son règne, le second, celles promulguées par lui-même et Maximien. Beyrouth devient dès lors le centre de dépôt de tous les actes officiels de l'empire d'Orient.
Nous connaissons de lui mille deux cents rescrits touchant tous les domaines, de la réglementation des moeurs, des testaments, des donations, des dots à la protection de la propriété privée.
Afin de pouvoir financer toutes ses réformes, ainsi que les nombreuses constructions qu'il lance un peu partout, Il entend que les impôts soient calculés de façon à couvrir les dépenses budgetées. Pour les percevoir le plus justement possible, il entreprend la tâche titanesque de recenser les biens et les ressources de tout l'empire.
Afin de favoriser le commerce et stopper l'inflation, il fait frapper des monnaies en bon or et bon argent ainsi qu'en bronze. Pour assurer une bonne circulation de cette monnaie qui inspire de nouveau confiance, il crée huit nouveaux ateliers de frappe, les portant au nombre de quinze.
Pour conjurer la crise économique, il promulgue, en 301, un édit, l'Edit du Maximum, fixant le prix plafond des salaires et d'un millier d'articles groupés en trois catégories alimentation, matières premières et produits manufacturés.
Si cet édit ne remporte pas le succès escompté, car l'offre reste très en dessous de la demande, l'ensemble de toutes ces mesures amène finalement une amélioration du niveau de vie. Durement éprouvées durant la période d'anarchie militaire, la centaine de provinces que compte désormais l'empire reprennent vie, redeviennent florissantes.
Dans le domaine religieux, sa politique envers le christianisme connaît deux étapes.
Pendant les dix-neuf premières années de son règne, Dioclétien laisse en paix les chrétiens.
Mais en 303-304, il promulgue quatre édits visant à faire disparaître la religion chrétienne, en obligeant les chrétiens à abandonner leur foi et à pratiquer la religion impériale, en détruisant leurs églises et leurs livres sacrés, en interdisant leurs assemblées et en édictant une série de peines à l'encontre de ceux qui refuseraient de se soumettre. La persécution est générale, sévère, sanglante.
Pourquoi un tel revirement ? On l'attribue à l'influence grandissante de Galère, son César, sur ses décisions. Or Galère hait passionnément les chrétiens. Il les accuse d'avoir fait échouer l'édit de 301 sur les prix. Mais malgré la violence de la persécution, on sent bien que le coeur n'y est plus. L'antagonisme entre la religion ancienne et la religion nouvelle n'est plus autant exacerbé. On pressent même qu'il va disparaître.
En 304, une grave maladie empêche Dioclétien de poursuivre ses activités. En 305, il est frappé d'une attaque qui transforme à ce point son physique qu'on a de la peine à le reconnaître. Le 1er mai 305, coup de théâtre Dioclétien à Nicomédie et Maximien à Milan démissionnent et nomment deux nouveaux Césars pour remplacer Constance Chlore et Galère promus au rang d'Augustes. L'opinion est surprise. Rien ne laissait présager cette abdication. L'âge, l'usure, une santé défaillante, le sentiment de ne plus pouvoir remplir de façon satisfaisante sa tâche, autant de raisons, semble-t-il, qui poussent Dioclétien à se retirer. Maximien est obligé de suivre son exemple. D'après Zosime et Aurelius Victor, Dioclétien se retire par fidélité à ses convictions. A ses yeux, les hommes doivent se soumettre à un ordre du monde dominé par les astres et les cycles. Ses vingt années de règne correspondent pour lui à un certain cycle de l'univers.
Dioclétien rentre dans sa patrie, la Dalmatie, à Spalato (Split), où il s'est fait construire un magnifique palais. C'est là qu'il meurt, vraisemblablement en 313 (ou en 316 ?), de chagrin, dit-on, en voyant ses successeurs détruire l'oeuvre qu'il avait si patiemment édifiée.

Sources
Eutrope, Abrégé de l'histoire romaine, IX, 19.

Source : " Les empereurs Romains - 27 av. J.-C. - 476 ap. J.-C. " - François ZOSSO - Christian ZINGG.