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CALIGULA




Nom. Caius Julius Caesar Germanicus. Il doit son surnom de Caligula (Petite Bottine) aux militaires parmi lesquels il est élevé dès l'âge de deux ans. Habillé de la tête aux pieds en soldat, il chausse leur soulier, la "caliga" dont le diminutif est "caligula".

Naissance. Il vient au monde le 31 août de l'an 12 ap. J.-C., à Antium. Il est le dernier des neuf enfants que sa mère Agrippine donne à son père Germanicus. Trois de ses frères meurent en bas âge. Deux autres, Néron et Drusus, sont condamnés à mourir de faim sur l'ordre de Tibère. Il a trois soeurs, Agrippine, Drusilla et Livilla.

Père. Germanicus (15 av. J-C. - 19 ap. J.-C.) est l'un des chefs les plus populaires de l'armée impériale. Partout où il intervient, en Dalmatie, en Pannonie, en Germanie ou en Asie Mineure, il réussit à rétablir la pax romana.
Il appartient à la famille d'Auguste. Sa mère Antonia a épousé le deuxième fils de Livie, Drusus. Sa beauté, sa modestie, sa compétence font de lui une des personnalités les plus en vue du régime. En obligeant Tibère à l'adopter, en 4 ap. J.-C., Auguste espère voir un jour Germanicus devenir empereur. Tibère supporte très mal l'adoration que voue le peuple à ce général prestigieux. Lorsqu'il meurt à Antioche après une très brève maladie, personne ne doute qu'il ait été empoisonné. Par qui ? Par Pison, le gouverneur de Syrie qui lui aussi supporte mal la popularité de Germanicus ? Par Tibère? Celui-ci a-t-il donné l'ordre à Pison, un de ses intimes, de liquider Germanicus ? Autant de questions qui restent encore aujourd'hui sans réponse.

Mère. Agrippine (14 av. J.-C. - 33 ap. J.-C.) est née du deuxième mariage de Julie, la fille d'Auguste, avec Agrippa. Epouse modèle, elle suit Germanicus dans toutes ses campagnes militaires. Seule avec ses nombreux enfants, après la mort de son mari, elle doit faire front aux calomnies de Séjan, l'âme damnée de Tibère, qui cherche secrètement à éliminer tous les prétendants au trône afin de les supplanter tous. Tibère, rongé par la maladie de la suspicion, prête une oreille complaisante aux accusations de Séjan. Il frappe. Il exile Agrippine sur l'île de Pandataria où elle se laisse mourir de faim.

Portrait. "La Chèvre"

"Caligula avait la taille haute, le teint livide, le corps mal proportionné, le cou et les jambes tout à fait grêles, les yeux enfoncés et les tempes creuses, le front large et mal conformé, les cheveux rares, le sommet de la tête chauve, le reste du corps velu ; aussi, lorsqu'il passait, était-ce un crime capital de regarder au loin et de haut ou simplement de prononcer le mot chèvre, pour quelque raison que ce fût.
Quant à son visage, naturellement affreux et repoussant, il s'efforçait de le rendre plus horrible encore, en étudiant devant son miroir tous les jeux de physionomie capables d'inspirer la terreur et l'effroi. Sa santé ne fut bien équilibrée ni au physique ni au moral
" (Suétone).

Formation. Après l'arrestation de sa mère, Caligula vit chez sa grand-mère Antonia. Lorsqu'il atteint ses dix-neuf ans, Tibère l'appelle auprès de lui, à Capri. Là, dans le palais de celui qui fait trembler la classe dirigeante de l'empire, il apprend très vite à dissimuler ses pensées, ses sentiments. Il se comporte comme si rien n'était arrivé à sa famille. Il observe envers Tibère une docilité, une serviabilité à toute épreuve. On dira de lui plus tard qu'on n'avait jamais vu un meilleur esclave au service d'un aussi mauvais maître. Mais il ne peut dissimuler les facettes sombres et troubles de son caractère gravement perturbé par la mort de ses deux frères et de sa mère. Tibère, lui-même, s'inquiète de le voir éprouver une joie morbide à assister aux séances de tortures et d'exécutions et de trouver son plaisir à fréquenter les lieux de débauche. Il dit de lui: "Je laisse vivre Caius pour son malheur et pour celui de tous ", ou encore : "J'élève un serpent pour le peuple romain et un autre Phaéton pour l'univers (Phaéton est ce fils du Soleil qui faillit incendier l'Univers) ".

Mariage. En 33, Caligula épouse Junia Claudila qui meurt en couches en 36.

Une fois empereur, il passe d'une épouse à une autre. Toutes les femmes qu'il prend de gré ou de force, il les enlève à ses proches : Ennia Naevia à Macron, le chef de sa garde prétorienne qui a remplacé Séjan, Livia Orestilla à Pison qui se suicide après être accusé d'avoir empoisonné Germanicus, Lollia Paulina au consul Memmius... Sa dernière conquête, Caesonia, n'est plus dans la fleur de l'âge et elle n'en est pas à son premier mariage. Mais elle a "du chien". Et cela plaît à Caligula, toujours avide de sensations fortes. Si cette matrone sait le prendre, lui sait la donner en spectacle à ses soldats en la revêtant de la chlamyde, d'un casque et d'un bouclier ou à ses amis en la dévoilant dans le plus simple appareil. Chaque fois qu'il baise son cou, il lui murmure : "Cette tête charmante tombera le jour où je l'ordonnerai".

Dies imperii : 16 mars 37.

Règne. A la mort de Tibère, en mars 37, tout le monde respire et acclame Caligula sur lequel on fonde les plus grands espoirs. A part les habitués de la Cour, peu le connaissent et il profite de l'immense popularité dont jouissait son père Germanicus. La foule acclame ce jeune prince de 25 ans en l'appelant: "son astre, son petit, son poupon, son nourrisson ". Sa désignation est confirmée par le Sénat. On immole en son honneur cent soixante mille animaux. Les sept premiers mois de son règne ressemblent à un âge d'or après les sinistres dernières années du règne de Tibère. Le nouvel empereur s'engage à gouverner avec le Sénat, proclame une amnistie générale, réhabilite les condamnés, rappelle les bannis, arrête les poursuites, réduit les impôts les plus impopulaires, fait des largesses au peuple et aux soldats...
Mais ce n'est qu'un feu de paille. En octobre 37, il tombe, six mois durant, gravement malade. Est-ce, comme le prétend Suétone, un philtre d'amour qu'il aurait bu ou est-ce, comme le suggère Aurelius Victor, un mal mystérieux qui, soudain, ouvre grandes ouvertes les portes à la folie qui sommeille dans sa tête mal façonnée et si fragile? On se rend compte que de Charybde on est tombé en Scylla. Tibère, Caligula, c'est bonnet blanc, blanc bonnet. Mal préparé, mal entouré, manquant d'expérience, il se met à mener une politique de moins en moins cohérente qui mécontente rapidement une grande partie des milieux dirigeants. Cette opposition, il faut le souligner, rend l'écriture de sa biographie malaisée, car c'est ce milieu hostile qui fournit à l'historiographie romaine l'essentiel de ses sources.
Relevons cependant qu'en politique intérieure, il apporte quelques améliorations au fonctionnement de la justice. Il reprend la publication des statistiques impériales, indemnise les personnes victimes d'incendies et entreprend un certain nombre de constructions. Mais ces actes sont trop isolés pour constituer un bilan positif.
N'ayant ni la capacité ni les moyens financiers de mener une politique extérieure de grandeur, son règne n'est marqué que par une démonstration de force sur le Rhin, en 39 et une autre, la même année, sur la côte des Morins, contre les Bretons et par une seule annexion, celle de la Maurétanie, en 40.
Le passif, par contre, pèse autrement plus lourd dans la balance. Suétone dira de lui qu' "il dévora, en moins d'une année, des sommes énormes et tout ce fameux trésor de Tibère, qui s 'élevait à deux milliards sept cents millions de sesterces. Ensuite, épuisé et sans ressources, il se tourna vers la rapine, inventant les formes les plus diverses et les plus ingénieuses de chicanes, d'enchères et d'impôts...".
Son bilan, c'est en victimes qu'il faut le dresser et non en réalisations. Il entache, en effet, son règne de toute une série d'actes relevant davantage de la folie furieuse et de la démence criminelle que d'une conduite politique responsable. Il présente un cas unique d'aliénation mentale dans l'histoire de l'humanité. Empereur, il dispose de la liberté la plus complète, la plus totale. Et il en use et en abuse, avec une lucidité rare et une perversité démoniaque, n'hésitant pas à aller jusqu'au bout de l'horreur et de la plus totale déraison. Il ordonne ainsi aux trirèmes de voyager sur... les routes et fait construire des routes sur... la mer. C'est parce qu'il sait que certains travaux sont irréalisables qu'il ordonne justement de les entreprendre. Toute occasion lui est bonne pour montrer qu'il peut tout se permettre : économiser, par exemple, la nourriture des fauves du cirque en leur donnant en pâture des... prisonniers, gonfler les gens de vin et les empêcher d'uriner en leur liant l'urètre, exhumer le corps d'Alexandre pour revêtir sa cuirasse, conférer la dignité de consul à son cheval préféré et lui construire un palais avec esclaves et mobilier pour recevoir les personnes invitées en son nom ou encore entretenir, par imitation des coutumes pharaoniques qu'il admire énormément, des relations incestueuses et publiques avec ses trois soeurs. Son règne est une première tentative totalement folle d'absolutisme impérial à l'orientale.
On comprend que durant ces trois ans, dix mois et huit jours de règne de la folie, Caligula doit déjouer de nombreux complots. Il ne peut éviter celui que fomentent les tribuns de sa garde prétorienne, le 24 janvier 41. Assistant aux jeux palatins, il quitte un instant sa place pour aller se restaurer avant que ne commence un spectacle qui a pour sujet les Enfers. Sujet prémonitoire Dans une galerie, ses gardes se retournent contre lui, le poignardent lui, sa femme Caesonia et leur fille qu'un centurion écrase contre un mur. Suétone rapporte qu'étendu à terre, il ne cesse de crier qu'il vit encore. Il faut plus de trente coups pour le réduire définitivement au silence.
Quand l'incroyable nouvelle circule dans la ville, personne ne lui accorde de crédit. On murmure:
- C'est la Chèvre qui fait circuler ce bruit pour éprouver notre fidélité et nous achever ensuite.

Dixit. Au bourreau, avant une exécution: "Frappe-le de telle façon qu'il se sente mourir." A l'adresse du peuple de Rome: "Si au moins le peuple romain n'avait qu'un seul et unique cou ! "

Tibère avait pour devise: "Qu'ils me haïssent, pourvu qu'ils me respectent ", Caligula reprend la formule en y changeant un seul mot: "Qu'ils me haïssent, pourvu qu'ils me craignent."

Source. :
Suétone, Vies des douze Césars, IV.

Source : " Les empereurs Romains - 27 av. J.-C. - 476 ap. J.-C. " - François ZOSSO - Christian ZINGG.