Accueil Envoyer un mail Forum

AUGUSTE




Nom. Caius Octavius Thurinus. Lorsqu'il est adopté par son grand-oncle, Jules César, en 45 av. J.-C., il reçoit le nom de Caius Julius Caesar Octavianus. Et le 16 janvier 27 av. J.-C., le Sénat lui décerne le titre officiel de Imperator Caesar Augustus.

Naissance. Il voit le jour à Rome, le 23 septembre 63 av. J.-C. Famille. Elle est originaire de Velletri dans le Latium.

Père.Son père Caius Octavius est un ancien sénateur. Mais il n'appartient pas à la noblesse. Lorsqu'il meurt en 58 av. J.-C., le jeune Octave est élevé par Lucius Marcus Philippus, le second mari de sa mère.
En 45 av. J.-C., Auguste est adopté par son grand-oncle Jules César.

Mère.Atia est la fille de Julia, la soeur de César. Auguste est donc un petit- neveu de l'auteur de La Guerre des Gaules.

Portrait. Loué, adulé, magnifié par le cercle des poètes de son temps, il est difficile de se faire une idée exacte de l'homme de chair et de sang qu'est réellement Auguste.
Il connaît, sa vie durant, des problèmes de santé. Il est sujet à des crises d'épilepsie (?), digère mal, boite de la jambe gauche et souffre d'une légère paralysie de la main droite. S'il n'apprécie guère les exercices physiques, il aime cependant la pêche à la ligne, les jeux de ballon, de dés, de noix.
Et pourtant, il est doté d'une énergie peu commune : en amour comme au travail. En effet, longtemps ses aventures sentimentales défraient la chronique. Ses conquêtes ne se comptent pas et font Je désespoir d'une légion de pères, de maris, de fiancés, d'amis et même d'adversaires politiques...
Suétone nous livre ce renseignement qui vaut son pesant d'hypocrisie:
"Ses amis même ne nient point qu'il ait commis beaucoup d'adultères; ils l'excusent en disant que, de sa part, ce n 'était point volupté, mais calcul, pour mieux connaître par les femmes, les projets de ses adversaires." Mais il faut cependant relever que l'essentiel de son énergie, Auguste le consacre aux affaires de l'Etat. Travailleur acharné, d'une exactitude exemplaire, intelligent, patient, retors, il réussit à fonder un régime assez puissant pour résister, durant plusieurs siècles, à toutes les folies, à toutes les extravagances de ses successeurs.
Et - fait assez rare pour le signaler - bien qu'ayant toutes les richesses de son empire à portée de main, son train de vie est des plus simples, comme le sont d'ailleurs sa garde- robe et ses appartements.
Un détail nous laisse entrevoir qu'il sait son pouvoir malgré tout fragile et à la merci d'un quelconque attentat: au Sénat, il porte une armure sous sa toge. Et lors des séances importantes, dix colosses veillent sur lui. La fin tragique de César, son grand-oncle, hante constamment son esprit.

Education. Son appartenance à la famille de César lui vaut de recevoir l'éducation d'un jeune noble.

Mariage. Auguste se marie trois fois:
- Il conclut un premier mariage avec Claudia, la belle-fille d'Antoine, son concurrent, comme gage de bonne entente avec celui-ci. Mais les aléas de la politique font que le mariage n'est même pas consommé.
- Le second mariage est encore une union dictée uniquement par des considéra- fions d'ordre politique. Il épouse, au printemps 39 av. J.-C., Scribonia, déjà deux fois veuve et qui appartient à la famille de son autre rival : Sextus Pompée. Celui-ci, maître de la mer Méditerranée, menace de famine l'Italie que contrôle Auguste. Ce mariage constitue la signature de la réconciliation des deux adver saires dans les pourparlers de paix qu'ils entament cette année-là.
Scribonia lui donne une fille, Julia, à la fin de l'année 39 av. 1.-C.. Il divorce le jour même de la naissance de Julia "écoeuré, dit-il, du caractère insupportable de sa femme".
- Son troisième mariage, par contre, est dicté par l'amour et par lui seul. Lorsqu'il rencontre la jeune Livia Drusilla, sa beauté l'éblouit à ce point qu'il n'hésite pas à l'enlever à son mari Tiberius Claudius Nero et à l'épouser, le 17 janvier 38 av. J.-C. Elle est âgée de 20 ans et déjà mère de deux enfants : Tibère, né le 16 novembre 42 av. 1.-C. et Drusus dont elle accouche trois jours avant son mariage. Livie donnera un enfant à Auguste, mais, pour leur plus grand chagrin, il mourra avant terme. Livie demeurera, cinquante-deux ans, son épouse. "Livie, conserve le souvenir de notre union." Telle sera la dernière parole d'Auguste.

Cursus. En septembre 45 av. J.-C., César, dans son testament, désigne son petit- neveu comme son héritier principal. A sa mort survenue le 15 mars 44 av. J.-C.
Le jeune Octave apprend, deux mois après la mort de son grand-oncle, survenue le 15 mars 44, que celui-ci l'a désigné comme son héritier. Contre l'avis de ses proches, il décide de lui succéder.
Il met 14 ans, et au prix d'une guerre civile impitoyable, à écarter tous ceux qui veulent lui barrer le chemin: Brutus et Cassius, les meurtriers de César, Lépide, l'un des hommes forts du moment, et Antoine, célèbre chef militaire qui, après le meurtre de César, son protecteur, soulève le peuple contre ses assassins, espé rant ainsi apparaître comme le seul défenseur de l'ordre...
Grâce à sa victoire sur la flotte d'Antoine et de Cléopâtre, à Actium, le 2 septembre 31 av. J.-C., Octave se retrouve seul maître aussi bien de la partie orientale que de la partie occidentale de l'empire. Mais son autorité ne repose que sur la force de son armée et les pouvoirs exceptionnels que le Sénat a accordés, par la loi du 27 novembre 43 av. J.-C., au triumvirat Octave, Antoine, Lépide.
Pour gagner définitivement les esprits à sa cause, il lance une extraordinaire opération de charme.
- Le 11 janvier 29 av. J.-C., il fait fermer les portes du temple de Janus, le dieu aux deux visages, qui préside au passage de la guerre à la paix ou de la paix à la guerre. Cette volonté d'établir une ère de paix lui attire la sympathie du peuple qui réclame la fin des guerres civiles.
- Le 13 janvier 27 av. J.-C., il remet ses pouvoirs au Sénat et au peuple romain et propose le rétablissement de la République. L'opinion publique qui est allergique à un pouvoir monarchique l'approuve une nouvelle fois.
- Mais comme Octave tient à conserver le pouvoir, il propose, le 16 janvier 27 av. J.-C., un nouveau régime : le principat. Ce régime a pour but de réaliser l'unification de la "chose romaine", de remettre de l'ordre dans tous les domaines et par là d'assurer une paix durable aussi bien à l'intérieur de l'empire que sur ses frontières. Le Sénat accepte et lui décerne même le titre d'Imperator César Augustus. Auguste sera désormais son nom.

Dies imperii : 16 janvier 27 av. J.-C.

Règne. Le principat imaginé par Auguste est une monarchie déguisée en république. A sa tête le Sénat nomme un princeps, le premier des citoyens. Mais en cumulant, en plus de cette charge, plusieurs magistratures, "missions", pouvoirs militaires et religieux, Auguste exerce de fait un pouvoir absolu.
En politique intérieure, son principal mérite est d'assurer à l'empire la paix et l'unité. La République avait été conquérante, le Principat se donne pour mission de gérer, d'administrer, d'organiser, de souder ces immenses possessions en un tout viable.
Pour les gouverner efficacement, Auguste met en place une structure politique et administrative fortement hiérarchisée et confiée aux grandes familles municipales et aux dynastes hellénisés d'Orient.
Il continue de fonder sa puissance sur la force et la fidélité de l'armée. Il la réorganise en stabilisant ses effectifs autour de trois cent mille hommes (vingt-cinq légions), alors qu'au début de son règne, il a sous ses ordres cinq cent mille soldats. Il assure son recrutement par des engagements volontaires de seize, voire de vingt ans.
En développant son réseau routier, fluvial et maritime, il assure la cohésion politique et stratégique de l'empire. Le commerce connaît alors un essor extraordinaire. La civilisation romaine pénètre partout. Ce développement entraîne tout naturellement dans son sillage un développement des finances et des opérations bancaires.
Ce développement l'amène à réorganiser les finances de l'Etat en faisant une distinction très nette entre le trésor public et la caisse impériale et en créant de nouveaux impôts sur les héritages, les affranchissements, les ventes...
Il acquiert une gloire certaine en faisant surgir un peu partout dans son empire de nouvelles villes et de nouvelles constructions. Rome est particulièrement favorisée.
Dans son testament, il peut écrire : "Rome que j'ai reçue de brique, je vous la laisse de marbre." Il fait ainsi réparer pas moins de quatre-vingt-deux temples et, entre autres célèbres constructions, édifier le Panthéon destiné à abriter tous les dieux de Rome. "On ne peut jamais tout prévoir, dira-t-il. Il vaut mieux s'assurer de sérieuses garanties pour l'avenir." Cette transformation radicale fait de Rome, qui compte près d'un million d'habitants, la "Ville lumière" du monde occidental et méditerranéen. Et au point de vue architectural, elle devient le berceau d'un nouvel art: l'art augustéen, triomphal, officiel, tout à la gloire du nouveau régime.
Sa réforme sociale, par contre, est un échec. Sa politique en faveur de la famille ne parvient pas à réformer les moeurs, ni à enrayer la dénatalité. L'idéal familial et conjugal est trop mal en point pour être remis en honneur par quelques lois. Ne parle-t-on pas d'une dame qui, à l'époque d'Auguste, réussit à se marier huit fois en cinq ans et d'une autre qui réussit l' "exploit" de divorcer vingt-trois fois et qui est la vingt-et-unième épouse de son dernier mari ? Et Sénèque ne dira-t-il pas plus tard que les Romaines comptaient les années non pas d'après les consuls en exercice, mais d'après leurs maris successifs ? Il faut attendre que monte la sève du christianisme pour que la famille retrouve son rôle moteur.
En politique extérieure, Auguste abandonne le projet ambitieux de dominer l'univers. Il réalise qu'en poursuivant la politique conquérante de la République, qu'en poussant toujours plus avant les frontières de l'empire, il risque, à cause de leur éloignement, de ne plus être en mesure de les contrôler.
En Occident, il s'efforce donc de pacifier ce qui reste à pacifier : le nord-ouest de l'Espagne (28 - 25 av. 1.-C.) et les Alpes (10 - 6 av. J.-C.), et il abandonne tout espoir de conquérir la Germanie après la défaite de Varus, dans la forêt de Teutberg, en 9 ap. J.-C.
Mais en ne réussissant pas à neutraliser ces terres, il va permettre aux Germains d'en faire le tremplin qui les propulsera à la conquête de la partie occidentale de l'empire, quatre cents ans plus tard.
En Orient, grâce à sa victoire militaire à Actium sur Antoine et Cléopâtre, il met la main sur l'Egypte et, grâce à sa diplomatie efficace, il annexe sans coup férir la Galatie (25 av. J.-C.) et la Judée (6 ap. J.-C.).
Dans son testament, il émet l'avis que l'empire a atteint sa taille définitive que la Nature semble avoir elle-même tracée: à l'ouest, l'Atlantique, à l'est, l'Euphrate, au nord, le Rhin et le Danube, au sud, le Sahara. En Orient, l'annexion de l'Egypte constitue son plus important succès.
Le problème de sa succession. Auguste tient à ce que sa famille, sa gens, conserve le pouvoir. En principe, c'est au Sénat que revient juridiquement la prérogative de nommer le chef de l'Etat. Pour l'empêcher de l'exercer, Auguste utilise une astuce. Il recourt à une autorité supérieure à celle de cette Haute Assemblée. Il en appelle à l'autorité des dieux qui - et il l'affirme hautement - ont élu sa famille. Comme il n'a pas d'héritier mâle en ligne directe, il joue la seule carte maîtresse qu'il détient: sa fille Julie. L'homme à qui il la donnera pour épouse sera son successeur.
Auguste la donne d'abord, en 25 av. J.-C., à Marcellus, le fils de sa soeur Octavie et de Marc Antoine. Mais Marcellus meurt deux ans plus tard.
Il porte alors son choix sur son vieil ami Agrippa, âgé de 41 ans. En lui faisant épouser, en 21 av. J.-C., Julie, qui n'a, à cette époque, que 18 ans, il le fait entrer dans sa famille. Mais ce deuxième beau-fils meurt en 12 av. J.-C.
En désespoir de cause, Auguste joue alors la carte de ses deux petits-fils : Caius et Lucius César, les deux enfants de Julie et d'Agrippa. Pas de chance: Lucius meurt en 2 ap. J.-C. et Caius en 4 ap. J.-C.
Auguste adopte alors leur petit frère, Posthumus, né en 12 av. J.-C., quelques jours après la mort de son père. Mais Posthumus que l'on dit atteint de troubles mentaux est bientôt écarté et exilé.
Reste finalement seul en lice Tibère, le deuxième fils de son épouse Livie. Il l'adopte et, pour la troisième fois, en 11 av. J.-C., il ordonne à Julie de convoler en justes noces avec ce "frère" adoptif. Dès 13 ap. J.-C., alors qu'il sent la mort approcher, Auguste associe de plus en plus étroitement au gouvernement de l'empire ce troisième beau-fils, si bien que ce dernier lui succédera sans aucun problème une année plus tard. On ne sait qui d'Auguste ou de Tibère prendra la précaution d'éliminer toute contestation possible en éliminant physiquement Posthumus.
Auguste meurt à Nola, près de Pompéi, le 19 août 14 ap. J-C., autour des 15 h. s'il faut en croire Suétone.

Le siècle d'Auguste. Auguste fait de Rome le centre artistique et intellectuel de l'empire en soutenant artistes et poètes, en les invitant à sa cour, en leur témoignant son amitié. Sous son règne, la littérature vit un instant béni des dieux. Peu avant qu'il prenne le pouvoir, son grand-oncle César et Cicéron donnent à la prose son expression la plus parfaite. Virgile, Horace, Properce, Tibulle et Ovide propulsent la poésie vers des sommets jamais encore atteints. Tite-Live décerne à l'Histoire ses lettres de noblesse.
Auguste est efficacement soutenu dans son action par son ami Mécène, qui laisse son nom à tous les protecteurs des Lettres et des Arts.
Cet extraordinaire rayonnement culturel vaut au quarante-quatre ans de règne d'Auguste le titre de Siècle d'Auguste.

Dixit.
"Ce qui est bienfait est toujours accompli assez vite." Cette devise résume bien le génie d'Auguste. Il a le sens du réel et du possible. Il sait renoncer devant les obstacles insurmontables.
"Le peuple est-il triste ou maussade ?" demande-t-il quelques instants avant de mourir. "Ai-je bien joué la comédie ? Si le spectacle que je vous ai offert vous a plu, alors applaudissez-moi."

Sources :
Suétone, Vies des Douze Césars, II.

Source : " Les empereurs Romains - 27 av. J.-C. - 476 ap. J.-C. " - François ZOSSO - Christian ZINGG.