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ANTONIN LE PIEUX




Nom. Titus Aurelius Fulvus Boionius Arrius Antoninus. Ses contemporains le surnomment le Pieux, parce qu'ils voient en lui le modèle de l'homme vertueux et respectueux de la mémoire de ses ancêtres.

Naissance. 19 septembre 86, à Lanuvium près de Rome.

Famille. Originaire de Nîmes, sa famille appartient à la bourgeoisie rurale. Afin d'entrer au Sénat, elle achète des terres en Italie, condition sine qua non pour qui est de la province. Elle acquiert encore quelques briqueteries dans la région de Rome. Aussi Antonin se retrouve-t-il un des plus riches sénateurs du milieu du 2ème siècle. Empereur, il n'oublie pas sa patrie d'origine. Il favorise sa ville natale, il fait reconstruire Narbonne détruite par un incendie et il développe le réseau routier de la Narbonnaise.

Père. Aurelius Fulvus. Il meurt trop tôt pour s'occuper de l'éducation de son fils. Ce sont donc ses deux grands-pères qui s'en chargent.

Mère. Arria Fadilla.

Portrait. "D'une beauté remarquable, il avait un caractère agréable et de nombreux talents. Aristocrate jusqu'au bout des ongles, son comportement était empreint d'une grande dignité. Orateur de valeur, savant émérite, propriétaire foncier éclairé, il était sobre, travailleur, aimable, généreux et respectueux du droit d'autrui. Toutes ses qualités étaient parfaitement équilibrées, et jamais il n'en faisait étalage. Pour cette raison, il jouissait du respect et de l'estime de tous les honnêtes gens, et l'on peut dire qu'il mérita d'être comparé à Numa Pompilius (Histoire Auguste: Antonin le Pieux, II. Numa Pompilius est le deuxième roi légendaire de Rome célèbre pour sa piété et son respect des lois divines)."
On aimerait en retrancher tant l'homme semble parfait, mais ses contemporains sont unanimes: c'est un homme parfait. Une restriction s'impose cependant. Les sources qui nous parlent de cet empereur sont trop rares pour nous permettre d'affirmer si ce portrait correspond bien à son modèle. On sait cependant qu'il est sujet à de fréquentes migraines, et que ses appétits sexuels sont voraces.

Mariage. Antonin épouse Annia Galeria Faustina Senior, entre 110 et 115. Sa mère, Rupilia Faustina, est la belle-soeur de l'empereur Hadrien. Antonin devient donc le neveu par alliance de l'empereur. Elle donne à Antonin au moins deux enfants: un fils, M. Galerius Antonius qui meurt en bas âge, et une fille, Annia Galeria Faustina Junior qui épousera, en 145, Marc Aurèle et qui décédera en 175. Annia meurt en 141. L'Histoire Auguste dit au sujet de cette épouse: "Il y eut beaucoup de racontars sur sa femme en raison de sa vie trop libre et facile, bruits qu'il étouffa non sans en souffrir intérieurement".

Cursus. Son ascension reste encore aujourd'hui difficile à retracer, vu la rareté des sources. Questeur, puis préteur, nous savons qu'il est consul en 120, au début du règne d'Hadrien. Puis il est l'un des quatre consulaires d'Italie. De 133 à 136, il occupe la charge de proconsul d'Asie. Il participe aussi au Conseil impérial. Hadrien l'adopte et le nomme César le 25 février 138, après lui avoir demandé d'adopter à son tour Lucius Verus et Marc Aurèle. C'est à peu près tout ce que nous connaissons de sa carrière.

Dies imperii : 10 juillet 138.

Règne. Antonin occupe le trône impérial durant vingt-trois ans. Au contraire d'Hadrien, il n'aime pas les voyages. Il ne quitte donc jamais l'Italie. Par contre, il aime mener la vie d'un grand propriétaire campagnard sur ses terres de Lorium, Lavinium, Tusculum, Centumcellae...
De son règne qui maintient l'empire à son apogée, le fait le plus saillant est peut-être son immobilisme. Aucune guerre, aucune invasion, aucune crise économique ne frappent l'empire. L'Etat augmente ses réserves, les provinces s'enrichissent, l'administration fonctionne. Conservateur, Antonin prend cependant quelques mesures en faveur des esclaves, des prisonniers dont il diminue le temps de la prison préventive et pour lesquels illimite l'usage de la torture...
En 148, il célèbre en grande pompe, le 900e anniversaire de la fondation de Rome. Neuf cents ans d'histoire chargée, mouvementée, très souvent dramatique.
Dans le domaine religieux, un fait cependant est à signaler. Les cultes orientaux, et en première ligne le culte chrétien, profitent de cette Pax romana et de la tolérance impériale pour faire une percée remarquable en Occident.
Durant ces vingt-trois années de règne, Rome vit donc ce que vivent les peuples heureux. Elle n'a pas d'histoire. A peine si cette Pax romana est-elle quelque peu troublée sur le pourtour de la frontière. Entre 141 et 143, en Bretagne, pour une raison qui nous est inconnue, il doit fortifier la frontière en faisant construire un nouveau mur situé plus au nord de celui d'Hadrien, entre l'estuaire de la Clyde et le Firth of Forth. En Egypte, entre 142 - 144, il doit réprimer une révolte paysanne. En Maurétanie, vers 145, il doit calmer des troubles. Et vers 156-157, il doit organiser quelques expéditions militaires en Dacie.
Sa diplomatie et une concentration de troupes lui permettent de maintenir l'Arménie sous protectorat romain face aux Parthes qui ne renoncent pas à cette province carrefour. Une monnaie, frappée entre 140 et 144, représente Antonin posant la tiare sur la tête du roi d'Arménie, avec cette légende: "Rex Armeniis datus".
A part ces quelques opérations de police, l'empire coule des jours paisibles. Mais on peut se demander si cet immobilisme ne masque pas déjà un affaiblissement secret.
Antonin, de tempérament robuste, et ayant entretenu sa santé par des exercices en plein air et par une vie fort saine à la campagne, conserve jusqu'au bout toutes ses facultés physiques et intellectuelles. Il meurt, à la suite d'un refroidissement, dans sa propriété de Lori (A dix-huit km de Rome), le 7 mars 161, à l'âge de soixante-quatorze ans.
Dixit.

Aequanimitas, égalité d'âme. C'est un des derniers mots qu'Antonin aurait prononcé au moment de mourir. Il l'aurait adressé au chef de la garde prétorienne.
A sa mort il laisse dans les caisses de l'Etat la coquette somme de six cent soixante-quinze millions de deniers. Est-ce le fait de sa bonne gestion ou de son avarice ? L'empereur Julien, dans son livre sur les Césars, penche pour la seconde proposition. Il surnomme son lointain prédécesseur: "Scieur de grain de cumin".

Sources Histoire Auguste: Antonin.

Source : " Les empereurs Romains - 27 av. J.-C. - 476 ap. J.-C. " - François ZOSSO - Christian ZINGG.