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Voici une monnaie rarissime trouvée à Lançon de Provence : Un potin gaulois dit "au masque" et au taureau cornupète.


Différents commentaires, de spécialistes, à propos de ce type monétaire :

- Bravo ! très belle découverte.....dans un état de conservation qui me plait beaucoup...avec une bonne patine de potin....
Bref....la typologie est vraiment rare.....dans l'ouvrage de mon ami Christian Larozas sur les potins du sud-est, seuls 3 spécimens purent être étudiés. Le motif de droit ne parait pas devoir être issu de l'iconographie "gauloise"....je peux, sans grandes difficultés, confirmer une liaison de coin de droit entre ce spécimen et le B de Larozas.
Le revers reprend celui du bronze massaliète au taureau.....avec la quasi certitude, grâce à cet exemplaire, qu'il s'agit bien de la légende MA suivie probablement par des restes de lettres en exergue.
Je me suis intéressé à l'époque aux potins "Thurrock" que l'on trouve en Grande-Bretagne et qui, comme ceux du centre de la Gaule, reprennent le même motif de revers.
L'origine "provencale" des premiers potins au MA et tête d'Apollon à gauche me parait certaine, mais j'ai encore du mal à croire que ces séries furent émises par Massalia......seul le temps nous donnera un jour son verdict....votre monnaie au masque de face est une variante de ce potin au taureau MA et confirme encore un peu plus leur origine "méridionale"...son poids correspond exactement à celle de la collection Rappaz de Nîmes qui est le plus lourd du groupe.
Il serait bien de pousser le travail car certains éléments de votre exemplaire apportent des éléments plus définitifs concernant cette rare émission.
Vous remarquerez qu'il existe un autre masque / roue à quatre rayons courbes connu à un seul exemplaire (de ma collection personnelle !).
Jean-Albert Chevillon

- Selon Georges Depeyrot, il s'agirait bel et bien d'un potin dit au masque et au taureau cornupète, mais son origine reste toujours inconnue même si sur l'avers est lisible M A ( Z Z A ).
Il existe de nombreux peuples qui se sont inspirés et imités les monnaies massalia. Par exemple les Bituriges Cubi on émis des potins au taureau chargeant quasiment identiques aux bronzes (lourds) de Massalia.
Maintenant la qualité de votre découverte est que vous pouvez la positionner géographiquement, donc pourquoi ne pas l'associer à Marseille et enfin attribuer un exemplaire d'un potin à cette grande cité. Marseille ayant eu un théâtre, il n'est effectivement pas à écarter que le masque sur l'avers puisse être lié.
Encore bravo et tenez moi au courant si vous obtenez plus de renseignements sur votre découverte exceptionnelle !
Arnaud, du site "STATERE" monnaies gauloises.

- Effectivement une très belle trouvaille, mis à part ceux publiés par Larozas, je n'en connais qu'une demi-dizaine !
Samuel Gouet - cgb.fr Paris.


C'est d'ailleurs la monnaie "vedette" de la couverture de l'excellent ouvrage de Christian Larozas : Les monnaies de potin du Sud-Est de la Gaule.


Nous ignorons le contexte de la découverte de ces trois monnaies. Ces potins proviennent d'achats effectués chez des numismates professionnels.


Le masque de théâtre est une représentation unique dans l'iconographie monétaire de la Gaule. Le choix de cette représentation suppose que le peuple émetteur (ou tout au moins ses dirigeants) ait une attirance pour cette forme d'art. Ce qui implique à notre avis la proximité d'un foyer culturel (peut-être Marseille comme le suggère leur revers).MAZZA. Sous la ligne de terre, des lettres ou symboles sont présents mais restent difficilement identifiables. En plus de sa légende de revers, son style très grec et son motif en fort relief nous inclinent à privilégier une production de Marseille. Cette monnaie nous renforce dans la conviction que des potins coulés ont pu être produits dans les ateliers de la cité phocéenne.

Voici, maintenant, l'hypothèse émise par mon ami René Pierini.

- La découverte de cette monnaie par mon ami Francis nous laisse perplexes.
J'ai lu les commentaires de nos amis numismates et l'hypothèse développée par Georges DEPEYROT, je l'avoue, m'interpelle. Elle m'interpelle pour les raisons suivantes : Les bronzes au taureau cornupète avec la légende MA où MAZZALIETHON sont frappés pour les grands bronzes vers 220 - 215 avant J.-C. ensuite apparaît le bronze moyen (assez rare) peut être vers 160. Les petits modules apparaissent entre le dernier quart du II ème siècle avant J.-C. et disparaissent au profit du monnayage romain après 49 avant J.-C. (prise de Marseille par César et vers 27 avant J.-C. avènement de l'empire romain avec Auguste). Le masque sur l'avers de la monnaie est intéressant à double titre, cela s'apparente à un masque de théâtre et au revers le taureau cornupète avec la légende MA(ZZA). La ville Grecque de Massalia, comme beaucoup de cités Grecques, fêtait chaque année les Dionysies (fêtes en l'honneur du Dieu Dionysos), qui duraient 5 jours avec processions, libations et surtout pièces de théâtre où les acteurs et auteurs dramatiques jouaient trois tragédies et un drame satirique.
Toute la population assistait à ces représentations. Dionysos, Dieu de la vigne et du vin était adoré et craint à la fois, car il incarnait l'étranger venu d'ailleurs semant le trouble dû à l'ivresse ! Hors Massalia avait un théâtre dont ne reste aujourd'hui que trois rangées de gradins avec une partie de l'orkestra. Il fut découvert fortuitement lors du sabotage par l'occupant (1943) des quartiers anciens du vieux port de Marseille. Il est de style grec et daté de l'époque Augustéenne (Marseille a gardé longtemps ses traditions Grecques, même après la prise de la ville en 49 avant J.C.) cet édifice on le sait aujourd'hui grâce à de récentes fouilles archéologiques, était comparable en importance à celui d'Orange. Il est situé au pied de la butte Saint Laurent dans l'enceinte d'un collège. Récemment les restes d'un sanctuaire Grec furent découverts à proximité du théâtre. Ce dernier édifice est daté de 530 avant J.-C., avec des murs de 1m 20 d'épaisseur et des traces de salles étaient construites autour d'un podium. Ces salles servaient à des libations et des banquets ! On ne sait toujours pas aujourd'hui à quel Dieu était dédié ce sanctuaire ! Peut-être Dionysos ? A Athènes et à Pergame, le théatre était très proche du sanctuaire de ce dernier.
Temple de Dionysos de Pergame (entouré de rouge) situé à proximité du théatre.

On en saura plus lorsque les fouilles de ce site reprendront.
Ma conclusion : il n'est pas impossible de retenir l'hypothèse suivante, selon laquelle la monnaie au masque de théâtre ait pu être émise en l'honneur de ces fêtes "les dionysies", une série frappée vers la fin du II ème siècle avant J.-C., avec le masque sur l'avers, le taureau cornupète et au revers la légende MA(ZZA). Série limitée dans une période très courte qui donne à ce prototype une extrême rareté.
René Pierini - responsable de la section numismatique du Comité du Vieux Marseille.

- La monnaie est effectivement un très bel exemplaire de cette rare série. Ces pièces, moulées, relèvent d'une production régionale.
L'exemplaire, en donnant une provenance nouvelle, apporte un élément nouveau et important dans la localisation de la zone d'émission. On ne peut que souhaiter que d'autres spécimens permettent d'affiner l'aire de diffusion de ces potins.
Georges Depeyrot

Exemplaire de référence du "Dictionnaire des monnaies découvertes en Gaule méditerranéenne" Feugère & Py.


Francis