Accueil Envoyer un mail Forum

LE COSTUME ROMAIN.


L'empire romain à l'époque de son expansion la plus grande (98-117 apr.J.C) va de la Grande Bretagne à la frontière de l'Irak. Il y vit une infinité de peuples aux costumes originaux. Nous ne parlerons ici que de la péninsule italienne et de son peuple roi : le peuple romain, originaire de la ville de Rome (Urbs). Nous ne décrirons pas ici la tenue militaire ni de la tenue féminine qui fera l'objet d'un autre article, mais exclusivement de la tenue masculine.

Les classes sociales de l'Empire sont au nombre de quatre : les patriciens (les Sénateurs au sein desquels est choisi le " Princeps ", les Honestiores (l'ordre Equestre, les riches commerçant et les hommes d'affaires), les Humiliores (la plèbe, les petits artisans ou les fermiers) et les Esclaves -du bétail sans visage (les prises de guerre, les citoyens déchus, etc…). Elles portent des couleurs qui correspondent à leurs statuts dans la société : blanc immaculé pour les aristocrates couleurs plus sombre pour le peuple et les esclaves.

Avant d'entrer dans le vif du sujet, il est important de rappeler que l'homme est soumis à l'environnement qui l'entoure ainsi qu'au climat. Celui-ci et parfois aride sous le haut Empire, va conditionner son costume comme sa mentalité.

LES TEXTILES

Le lin

Son origine remonte au temps Néolithiques, comme l'atteste la découverte d'un silo à Trèves (Allemagne) ainsi qu'a Charavines ( Isère, France) datant de 2 700 ans environ. Le lin est le tissu le plus employé dans l'antiquité. Il est apprécié pour sa solidité, son toucher, son pouvoir d'absorption de l'humidité, ses propriétés isolantes et sa résistance à de nombreuses lessives.

Le chanvre (Canabis)

Cette plante était connue des Scythes. Elle fut importée par les Grecs en Italie. Il faut souligner la ressemblance entre le lin et le chanvre : même résistance aux intempéries…
En Italie la culture du chanvre était directement sous le contrôle du Sénat pour toute autres utilisations, quelle qu'elle soit ! Il est à noter que l'armée en était la plus grande consommatrice. Les médecins des armées l'utilisaient à des fins curatives.

La laine

La domestication du mouton remonte à l'age Néolithique et l'utilisation de sa laine comme fibre textile à l'age du bronze.
La laine, malgré sa matière rêche, drue, était très employée pour la fabrication des tuniques, sayons, capes, et les toges des sénateurs.

La soie

Elle faisait rêver les belles romaines et l'Empire a engloutie des sommes colossales pour se la procurer au pays des Séres (Chine).De nombreuses guerres contre les parthes (Iran, Irak) ont été menées pour maintenir ou contrôler la fameuse route de la soie qui partait d'Antioche ou de Tyr en direction de Xian (Chine).Réservée à la très haute aristocratie et à quelques impératrices, surtout à l'époque de l'empire tardif (284-476), la soie resta une étoffe rare jusque aux VIe siècle de notre ère, date de sa fabrication à Constantinople.

Les classes sociales et leurs vêtements

Le sénateur trône au sommet de la hiérarchie de l'état romain, juste derrière l'Empereur (le Princeps) et son conseil ; Au nombre de 300, les sénateurs,sont issus des plus grandes familles italiennes et des provinces conquises. Ils sont de grands propriétaires terriens (le commerce leur est interdit). Il faut 100 000 sesterces de revenus minimum et le consentement de l'empereur pour siéger au sénat.

Suivons la journée d'un de ces clarisssimi :
Levé à l'aube, celui-ci, après le passage du barbier (tonsor) enfile un pagne de lin noué sur le ventre, passant sous l'aine et se fermant sur le sacrum.

La tunique se compose de deux rectangles joints aux épaules, le surplus de tissu sert de manches, courtes habituellement, longues l'hiver. Une bande de couleur (Clavi) partant des épaules et descendant des deux côtés jusqu'en bas de la tunique symbolise le clan (gens) du sénateur. La gens est formée de la famille directe du sénateur mais aussi de ses affranchis, de ses clients (alliés) et même de ses esclaves.
Ce sont donc des milliers de personnes qui portent ses couleurs sur leurs tuniques, votent pour lui aux élections ou prennent les armes pour défendre ses intérêts. On connaît la phrase célèbre du Triumvir Pompée : " Je n'ai qu'a frapper du pied, il en sortira des légions ".

Notre sénateur, pour se rendre à la curie (sénat), enfile les Calcus Mutare Patricius de couleur rouge. Elles étaient attachées par des courroies qui se croisaient sur le coup de pied. Les semelles étaient parfois cloutées. Il existait aussi d'autres modèles de chaussures hautes couvrant les pieds.

Sur sa tunique, le sénateur attache une ceinture de cuir qui lui permet de remonter celle-là jusqu'aux genoux. Il y attache un poignard, malgré l'interdiction de porter les armes dans l'enceinte sacrée de Rome ; mais les temps étant dangereux (les ennemis politiques sont impitoyables même sous le règne des Imperators), le port du poignard est nécessaire.

Ensuite vient la toge, d'origine étrusque. Ce grand morceau de laine trapézoïdale d'une seule pièce, d'une longueur de 3 à 6 mètres, tombe aux chevilles. Cette pièce de tissu est enroulée sur elle-même plusieurs fois par-dessus la tunique, avec l'aide de deux serviteurs. On peut aussi relever sur la tête le pan d'étoffe terminal appelé sinus en signe de mécontentement lors des séances au sénat. Son épaisseur a une importance primordiale pour le sénateur : elle le protége des armes contondantes. Souvenons-nous qu'il a fallu 23 coups de poignard dont un seul fut bien ajusté et mortel.
La toge est un vêtement au symbolisme complexe. De couleur blanche matérialisant la lumière d'Apollon, elle est bordée d'une large bande de couler pourpre (le laticlave), insigne du pouvoir sacerdotal faisant référence à Jupiter, ce qui normalement rend notre sénateur intouchable. Lorsqu'un deuil frappe sa famille ou qu'un de ses parents est accusé d'un crime capital, notre sénateur porte une toge de couleur noire sans ornement.
A l'issue d'un triomphe, le sénateur qui a le rang de d'Imperator revêt une toge brodée : la toga picta toute entière de couleur pourpre, semblable à celle dont on pare la statue de Jupiter capitolin. La couleur pourpre est sous l'Empire portée exclusivement par les Empereurs (les princeps).
Malgré son inconfort et son poids, la toge confère au sénateur la dignité et le respect dus à son statut de citoyen romain.

L'ordre Equestre : une demi- noblesse

Les chevaliers sont de puissants hommes d'affaires, de riches commerçants, de grands armateurs. Durant la royauté et plus tard la République, ils forment la cavalerie, leur fortune leur permettant d'acheter chevaux et équipements.
Sous l'Empire, ils sont de hauts fonctionnaires, des chefs de la cavalerie auxiliaires ou des amiraux. Tel le célèbre chevalier Agrippa, bras droit d'octave le (futur Auguste).Mais on trouve aussi des préfets de la garde prétorienne, tel Tigelin qui fut un ténébreux ex exemple sous le principat de Tibére (14-37 après J.C).Ils font tourner l'administration de ce gigantesque corps que l'on nomme " Impérium ".

Le costume du chevalier est identique à celui du sénateur. Notons toutefois qu'il porte une toge plus courte la Trabée, et la bande pourpre est deux à trois fois moins large (l'Augusticlave).

Le chevalier comme le sénateur porte une bague en or, signe de leur rang. Ce symbole de l'anneau signale l'appartenance à une communauté de sang.


La plébe : les Humiliores

Sous le haut Empire, la ville de Rome compte plusieurs centaines de milliers d'hommes libres .petits artisans, commerçant et surtout petits paysan ruinés forment la fameuse plèbe que l'état nourrit et amuse.
Le citoyen de Rome est habillé d'une tunique de lin coûtant environ 15 sesterces (1) celle-ci descend jusqu'aux genoux, elle est à manche courtes ou longues selon la saison. Notre homme passe par-dessus une tunique plus courte et à manche courte. Une ceinture le serre à la taille. Par temps froid, il porte des braies (pantalons d'origine gauloise), un manteau à capuchon maintenu sur l'épaule droite par une fibule. Il peut avoir aux pieds les cardatinae, chaussure de paysan lacées au ras de la cheville. Celles -ci consistaient en une peau de bœuf crue, placée sous le pied comme semelle, puis relevée aux cotés et au dessus des orteils et attachée sur le coup de pied autour de la partie inférieur de la jambe par des courroies qui passaient par des trous faits les bords.

Notre citoyen est enfin prêt à arpenter les rues de la ville mais aussi les provinces de l'Empire, en quête d'aventure…ou de pèlerinage.


Les esclaves

Le monde antique s'est construit sur une économie esclavagiste à laquelle la civilisation romaine n'a pas échappé. Les esclaves étaient à Rome soit des citoyens déchus, soit le plus souvent, des prisonniers de guerre. Mais il y avait aussi beaucoup d'esclaves de naissance appelés (verna), mot étrusque.

Leur condition parfois atroce les conduisit sous la République à des révoltes désespérées, en Sicile (139 av JC), ou en Italie avec le célèbre Spartacus (73-72 av JC) .Sous l'Empire, leur condition devait s'améliorer, selon les maîtres à qui ils appartenaient. Diverse lois allaient même protéger de ces derniers. Ils avaient la permission d'économiser quelque argent (peculium), ils seront désormais en mesure de racheter leur liberté ; c'est l'affranchissement (manumission).

Les esclaves, en grande majorité, à Rome comme dans l'Empire portent une tunique de couleur terne, marron ou noir tenue à la taille par une chaine plus ou moins fine. Mais ils sont aussi le plus souvent nus,.Ils sont pieds nus et vont la tête rasée (2).

La tenue vestimentaire et l'aspect physique ont beaucoup d'importance dans les sociétés traditionnelles. Ils reflètent la relation de l'homme avec la nature et les dieux.
Dans la société antique un des symbolismes auxquels l'homme est identifié est celui de l'arbre (axis mundi).Les pieds sont les racines d'où il tire les forces de la terre mère. Les cheveux sont les ramures qui le relient au ciel d'où ils tirent son énergie spirituelle. Lui raser la tête consiste à le réduire à un objet matériel sans âme : un chose (res).

Il est important de signaler que la condition servile et le costume des esclaves dépendent du statut du maître. Entre un esclave d'une grande famille et un autre réduit à travailler aux mines, il y a tout un monde qui les sépare !

Nous voyons donc que le statut du costume masculin romain du Haut Empire est conditionné par la hiérarchie sociale, et de fait il sera, bien sur, destiné à évoluer au fil des événements futurs, notamment sous l'influence du changement climatique du III siècle et des invasions germaniques.

Notes

1) Pour donner une idée, même approximative, un pain coûtait ¼ de sesterce (1 as)
2) Il est amusant de constater que la jeunesse qui arpente nos rues aime à se promener tête rasée, imitant sans le vouloir un état servile qui, en principe, n'existe plus aujourd'hui.

Paul Catsaras

BIBLIO

- Costume et société dans l'antiquité et le haut moyen age, collectif, édit Picard 2003
- Costume et textile en Gaule romaine, collectif, édit Errance2003
- La vie dans les cités antiques, Peter Connoly et Hazel Dodge, édit Könemann 1998
- Symbole de la science sacrée René Guénon, édit NRF 1986
- La vie quotidienne à Rome à l'apogée de l'empire, édit Hachette 1941
- Guide romain collectif classique, Hachette 1952
- Les classes sociales dans l'empire romain, Jean Gagé, Payot 1971
- Vivre à la cour des Césars, R.Turcan, les Belles Lettres 1987
- Dictionnaire de mythologie et de symbolique romaine, édit Dervy 1988
- Dictionnaire des antiquités romaines, Anthony Rich, édit Firmin 1861