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Julia Maésa, une très habile grand-mère.



Le 16 mars 218 les légionnaires de la III légion " Gallique " jettent un manteau pourpre sur les épaules du jeune Bassianus et le proclament empereur.
Macrin envoie alors le préfet du prétoire Ulpius Julianus assiéger le camp de Raphaneae , près d'Emèse en Syrie, où se sont réfugiés sous la protection des soldats, Julia Maésa, ses deux filles et ses petits fils Bassianus et son cousin Alexianus.
Sur les remparts fortifiés les légionnaires portent des portraits de Caracalla enfant et crient aux assiégeants " pourquoi donc vous battre contre le fils de votre bienfaiteur ". N'a t-elle pas, habilement, insinué que son père n'était pas celui que l'on croyait (comme il est mort un an plus tôt, elle ne craint pas d'être contredite). Bassianus serait, en réalité, le fils de Caracalla, qui a d'ailleurs porté le même nom jusqu'en 196 : preuve qu'un lien singulier rattachait le premier au second ! Et, prévoyante, pour faire d'une pierre deux coups (ou pour avoir deux fers au feu), elle fait dire et savoir que ses deux filles ont eu " commerce " avec Antonin, lorsqu'elles "étaient dans l'éclat de la jeunesse et de la beauté ". Cette habile manœuvre retourna l'ensemble des soldats de Macrin en faveur des assiégés.
Après cette victoire, Julia Maésa fit rapidement frapper des monnaies à l'effigie d'Hélagabale, car il faut d'abord payer les troupes avec des espèces où elles reconnaîtront l'empereur légitime. On refond à cette fin les pièces apportées par les contribuables antiochiens, qui préfèrent encore se faire rançonner par l'état plutôt que par la soldatesque.
Ces premiers portraits monétaires (voir photo) nous montrent un profil de gamin à joues plutôt bouffies sur certains exemplaires, à lèvres épaisses et insolentes d'enfant capricieux, avec de gros yeux ronds et presque inquiétants.
Si le graveur est un grand artiste, l'effigie a valeur de document réaliste, sinon vériste. Le plus frappant, c'est que le jeune imperator n'y ressemble pas précisément à Caracalla, ni surtout à Caracalla enfant. Il faut croire que les portraits exposés aux prétoriens de Julianus, du haut des remparts de Raphaneae, pour les dissuader de combattre un petit fils de Julia Domna, étaient passablement retouchés. Mais on ne pouvait déformer pour les soldats d'Antioche les traits d'un prince qu'ils voyaient tous les jours.

Source : " Héliogabale et le sacre du soleil " Robert Turcan - Editions Albin Michel.




Francis