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L'Empire Romain des Gaules ou l'Empire Gallo-romain.

La capture de l'empereur Valérien I er par les Perses résonne comme la plus grande humiliation que connut l'Empire Romain. Gallien, désormais seul empereur, n'essaie même pas d'effacer cette honte et laisse son père en captivité, où il sert de marchepieds à Sapor, le roi perse, l'ennemi juré de Rome. Cet évènement révèle la profonde crise que connaît l'Empire Romain au troisième siècle. Rome, la Rome Impériale, voit son prestige de cité maîtresse s'éteindre. Les barbares traversent régulièrement les frontières, pillent les villes de l'Empire, les plus anciennes, et retournent hors du limes avec leurs riches butins. Mais l'empereur lui-même n'est plus cet homme, aimé autant que craint. L'Empire se morcelle. Des usurpateurs apparaissent dans tous les coins de l'Empire... Les trente tyrans de l'Histoire Auguste.

La Gaule connaît alors une étape importante de son histoire. Postume, général de l'armée du Rhin, se révolte contre l'autorité de Salonin, le jeune fils de Gallien, qui est finalement exécuté. Postume reçoit alors les insignes impériaux.

Aux yeux de Rome, il n'est qu'un usurpateur, sans aucune légitimité. Contrairement à tous les empereurs ou usurpateurs qui ont pris le pouvoir par la force, il n'a pas cherché à renverser l'empereur de Rome pour prendre sa place, et par là même se faire reconnaître par le Sénat. En se contentant des Gaules, Postume se démarque des autres usurpateurs.

Ce problème a été tourné dans tous les sens par les historiens : Postume est-il un « empereur romain », « un empereur gaulois », un « empereur gallo-romain » ? Ou encore « empereur des Gaules », « empereur romain des Gaules » ?

Une chose semble acquise : contrairement à l'Empire de Palmyre, Postume n'a jamais tenté de séparer son empire définitivement de Rome. Il n'a jamais remis en cause son appartenance à la Romanitas , comme son monnayage en témoigne. Son empire fait partie intégrante de l'Empire Romain.

Le terme « d'empereur romain des Gaules » semble donc le plus approprié (par abus de langage nous employons communément l'expression d'empereur gaulois).

Ceci dit, en unissant les Gaules sous son pouvoir, il a nécessairement accentué la cohésion provinciale : pour la première fois depuis longtemps, un gaulois et un romain étaient séparés politiquement par le fait qu'ils n'étaient pas sous la même autorité.

Faut-il, pour cette raison, préférer l'emploi des termes d'« Empire gallo-romain » et « d'empereur gallo-romain » ? Tout dépend du degré de romanité. Si l'aristocratie était très profondément romaine (les grandes familles envoyaient leurs enfants étudier à Rome et à Athènes), il n'en est probablement pas de même pour la plus grande partie de la population pour qui le mot de « gallo-romain » semble plus approprié.

Postume s'est donné un rôle : celui de protéger la Gaule. De cet unique rôle, il tire toute sa légitimité. Peut-être est-ce pour cette raison qu'il n'a jamais cherché à vaincre Gallien, car, dans l'hypothèse inverse, il aurait dû affaiblir le front rhénan, ce qui n'aurait plus fait de lui le protecteur des Gaules.

Remarquons qu'une occasion lui a ouvert les portes de l'Italie mais il n'en a pas profité : en 268, Aureolus, alors à Milan, se révolte contre Gallien et le reconnaît empereur. Pourtant, il n'a pas usé de ce prétexte pour descendre en Italie, et laissa Aureolus se faire assiéger par Gallien. Que faut-il en déduire ? Qu'il en fut empêché par des raisons mal connues, par exemple par de nouvelles tentatives d'invasions le long du Rhin ? Qu'il n'a pas souhaité intervenir dans un conflit hors de son « domaine » ?

Les successeurs de Postume n'eurent, semble-t-il, pas de difficultés à faire reconnaître leur raison d'être : ils s'installèrent dans la « fonction » créée par Postume.

L'exemple de Tétricus est important : contrairement à ses prédécesseurs qui étaient tous des militaires, il est issu de l'aristocratie « gallo-romaine ». Cette aristocratie était fortement romanisée, pour ne pas dire simplement romaine. Est-ce pour cette raison qu'il savait que son empire faisait partie intégrante de l'Empire Romain, et qu'il faudrait, un jour ou l'autre, qu'il retombe sous l'unique autorité de Rome ? Estimait-il que son rôle, comme celui de ses prédécesseurs, était uniquement de préserver la Gaule à un moment où, attaqué sur plusieurs fronts, le régime de Rome montra des faiblesses ? C'est probable. Cela expliquerait d'autant plus la faible résistance gauloise lors de la reconquête de la Gaule et la clémence d'Aurélien qui le nomma, après son abdication, gouverneur de Lucanie, au sud de l'Italie, et qui permit à Tétricus César de siéger au Sénat… de Rome !

Résumé chronologique :

On connaît finalement peu de choses sur l'histoire de l'Empire Gaulois. Les sources, certes assez nombreuses, sont peu précises. Seule, l'Histoire Auguste fournit de nombreux détails, mais on sait maintenant qu'ils ont, pour la plupart, été inventés de toutes pièces par son auteur.

Postume (et révolte de Lélien)



Marcus Cassianus Latinius Postumus était d'origine gauloise. Il fit carrière dans l'armée impériale et devint un des généraux les plus influents de l'armée impériale. Gallien, contraint de quitter le limes rhénan pour lutter contre une nouvelle révolte ( Ingeneuus ), confia le commandement de l'importante armée du Rhin à son jeune fils, Salonin César. A ce dernier, trop jeune pour mener les opérations, l'empereur Gallien adjoint deux militaires : Silvanus et Postume. Ils sont censés conseiller le jeune César et mener les opérations contre les Francs et les Alamans qui tentent régulièrement d'envahir la Gaule. Silvanus est le tuteur de Salonin.

été 260. On en ignore les raisons exactes, mais Postume entre en conflit avec Silvanus, et finit par se révolter, épaulé par une partie de l'armée des Gaules. Devant la menace, Salonin reçoit le titre d'Auguste, voulant démontrer ainsi qu'il n'est plus seulement l'héritier présomptif du trône, mais empereur à part entière.

Probablement, peu de temps après, Postume se proclame aussi Auguste (VI-VII/260). Il fait le siège de Cologne, où Salonin et Silvanus ont réuni leurs forces. Le siège dut être relativement court, et Postume, vainqueur, fit exécuter Salonin. Silvanus partage le même sort. L'usurpateur est, semble-t-il, rapidement reconnu dans toute la Gaule.

TR P I. COS. Postume est nommé consul, mais l'hypothèse d'un sénat local est très douteuse. En tous cas, il n'est en aucun cas un consul romain. Ce titre n'a probablement pour but que de légitimer de manière artificielle son pouvoir. Les émissions monétaires témoignent de l' adventus de Postume dans la ville de Trèves. A une date incertaine, l'Espagne aussi reconnaîtra l'empereur gaulois.

Il semble avoir passé l'essentiel de son règne à protéger la Gaule, le long du limes rhénan contre les invasions des Francs et des Alamans. Protéger la Gaule constitue son unique raison d'être, d'où il tire sa seule légitimité.

10/XII/260. TR P II.

1/I/261. COS II.

c. 261(?). Pour venger la mort de son fils, et par la même occasion réunifier l'Empire, Gallien tente de reconquérir la Gaule. Mais ses troupes ne pouvaient qu'être en faible nombre : en Orient et le long du Danube les combats continuaient. Dans l'incapacité de combattre sur plusieurs fronts à la fois, il dut renoncer à cette entreprise.

10/XII/261. TR P III.

1/I/262. COS III.

10/XII/262. TR P IIII.

10/XII/263. TR P V.

10/XII/264. TR P VI.

c. 265. Gallien tente une seconde fois de vaincre l'usurpateur gaulois. Mais cette tentative était vouée autant à l'échec que la première : il est immédiatement rappelé en Thrace, suite à une nouvelle révolte.

10/XII/265. TR P VII.

10/XII/266. TR P VIII.

1/I/267 ou 1/I/268 (?). COS IIII.

267. Gallien confie à Auréolus, l'un de ses plus importants généraux, la protection de l'Italie contre Postume, bien que ce dernier n'est, semble-t-il, jamais montré de signes d'expansionnisme. Aureolus, en tant que Magister Equitum , s'installe à Milan.

10/XII/267. TR P VIIII.

268. Pour des raisons encore obscures, Aureolus se révolte contre Gallien, et les monnaies frappées à Milan témoignent qu'il reconnut Postume empereur. Selon certaines sources, Aureolus se serait proclamé Auguste, mais cela est douteux. Gallien décide de faire le siège de la ville, accompagné de ses principaux généraux dont Claude et Aurélien. Ces derniers considèrent Gallien incapable de gérer la situation et décident d'un complot. En septembre, Gallien est assassiné, et Claude est acclamé empereur. Aureolus se rend et est exécuté.

10/XII/268. TR P X.

1/I/269. COS V.

début 269. Probablement pour une question de partage d'un butin, Ulpius Cornelius Laelianus se révolte contre Postume. Il est acclamé empereur et reçoit le titre d' Augustus . Il prend possession de l'atelier monétaire de Cologne, où ses monnaies furent frappées. Postume parvient à le contraindre de se replier dans la ville de Mayence. Lélien est vaincu et assassiné. Postume, refusant à ses soldats le pillage de la ville rebelle, est assassiné à son tour (VI-VII/269).

Marius



mi 269. Le pouvoir échoue alors à Marcus Aurelius Marius, officier de l'armée du Rhin, dans des circonstances mal connues. Il frappe monnaie dans les deux ateliers gaulois : Trèves et Cologne. Suivant Eutrope, on a longtemps cru que Marius n'avait régné que deux jours, ce qui est incompatible avec l'importance de ses émissions monétaires. Chastagnol a démontré que cette durée est due à une erreur d'incompréhension par rapport au texte d'Aurélius Victor : Marius n'a pas régné deux jours, mais deux jours séparent la mort de Marius de l'avènement de Victorin. Marius a dû régner environ trois mois avant d'être exécuté par ses soldats (X-XI/269).

Victorin



fin 269. Marcus Piavvonius Victorinus succède à Marius. Selon certaines sources, il aurait été un proche collaborateur de Postume et fut peut-être consul gaulois en 267 ou 268. TR P.

10/XII/269. TR P II.

Après ces différents changements de pouvoir, l'Empire Gaulois est affaibli ; Rome en profite pour reprendre le contrôle de l'Espagne et de l'Est du Rhône, comme en témoignent les inscriptions au nom de Claude II.

L'évènement le plus marquant du règne de Victorin révèle bien la faiblesse de l'Empire Gaulois après la mort de Postume. La ville d'Autun voulut se séparer de Trèves et demanda l'aide de l'empereur de Rome, Claude II, qui ne répondit pas. Autun fut assiégée par des troupes de Victorin pendant sept mois, puis céda et fut pillée.

1/I/270 ou 271. COS II.

Du côté de l'Empire de Rome, Claude II meurt en août 270. Le Sénat romain nomme Quintille, frère de Claude II, empereur. A Sirmium, Aurélien est acclamé par ses troupes (X/270). À cette nouvelle, Quintille, resté en Italie, se fait ouvrir les veines. Le Sénat, mis devant le fait accompli, reconnaît aussitôt Aurélien.

10/XII/270. TR P III.

fin 271. Victorin est assassiné dans des circonstances méconnues, malgré les fantaisies contées par l'Histoire Auguste.

Tétricus



fin 271. Caius Pius Esuvius Tetricus est le seul parmi les empereurs gaulois à ne pas être un militaire de carrière. Il est issu de l'aristocratie gallo-romaine. Son nomen Esuvius rappelle la peuplade des Esuvii citée à plusieurs reprises par César dans La Guerre des Gaules (II.34, III.7, V.24).

Gouverneur de l'Aquitaine, il est acclamé empereur à Bordeaux. TR P.

10/XII/271. TR P II.

1/I/272. COS.

272. L'empereur de Rome, Aurélien, entreprend la réunification de l'Empire Romain. Il commence par la reconquête de l'Orient, dont la volonté d'indépendance vis-à-vis de Rome est inquiétante.

10/XII/272. TR P III.

272-3 (?). Tétricus nomme son jeune fils Tétricus II César, qui reçoit aussi le titre de « Prince de la Jeunesse ».

1/I/273. COS II.

273. En Orient, la ville de Palmyre est rasée et Zénobie est prisonnière : il ne reste plus à Aurélien qu'à renverser l'Empire Gaulois pour réunifier l'Empire.

10/XII/273. TR P IIII.

1/I/274. COS III pour Tétricus I er , COS pour Tétricus II.

II-III/274. Aurélien et son armée marchent en Gaule. Les deux armées s'affrontent à Châlons-en-Champagne. Selon Aurelius Victor, Tétricus I er aurait demandé l'aide d'Aurélien, souhaitant ainsi lui céder la Gaule dont il n'a été que le gardien. Quoi qu'il en soit, Tétricus et son fils abdiquent.

mi 274. De retour à Rome, Aurélien célèbre somptueusement son triomphe. L'Empire est réunifié. De luxueux chars, des prisonniers de toutes nations barbares défilent dans les rues de la Ville. Zénobie, Vabalathe, Tétricus I er et Tétricus II, tous prisonniers, sont les symboles de la réunification de l'Empire et de la toute-puissance d'Aurélien, le « Restaurateur du Monde Romain ». Après le triomphe, Aurélien gracie les deux Tétricus : le père qui devient gouverneur de Lucanie, le fils se voit offrir un siége au Sénat.


Jérôme Mairat.