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L'EPREUVE DE LA MONNAIE (nouvelle autobiographique)

Un homme qui avait, pensait-il, acquis certaines facultés dont il ne comprenait pas encore bien le sens, prit dans sa main une banale pièce de monnaie qu'il serra très fort.
Il invoqua ses nouvelles possibilités et souhaita ardemment transformer cette dernière en or pur. Progressivement, il sentit la pièce brûler l'intérieur de sa main, son cœur se mit à battre très fort. Ca marche, attendons encore avant de vérifier, se dit-il, ne doutant déjà plus de ses nouveaux pouvoirs.
Alors il anticipa et s'interrogea mentalement : que faire de cette pièce d'or ? Un médaillon qui montrera aux autres ma victoire sur le rationnel ? Orgueil ! Orgueil incompatible avec mon éthique, mes nouvelles facultés ayant été certainement acquises grâce à l'amélioration de cette dernière.
Il se fixa alors une épreuve.
Je vais donner cette pièce d'or à un mendiant, je n'en parlerai à personne, même pas à la femme que j'aime. Je ne veux aucun témoin, je resterai anonyme envers ce malheureux et je ne chercherai plus jamais à le revoir.
Cette monnaie est unique, donc d'une valeur inestimable, vais-je en être vraiment capable ?
Sa main lui faisait mal, la brûlure à l'intérieur s'était intensifiée. L'or de la pièce devient certainement encore plus pur, pensa-t-il. Il imagina alors, sans mal, ce que le mendiant allait en faire. Il ne va pas la garder, il est pauvre donc il va la négocier une fortune, il va devenir très riche, il va s'offrir tout ce qui lui manque et même plus, il va vivre dorénavant dans le luxe et moi je vais rester tel que, ni pauvre ni riche. Je vais passer tous les jours devant sa belle et grande nouvelle demeure, il ne me reconnaîtra pas, il ne me verra même plus !
Il sentit monter du plus profond de son être une peine immense teintée de jalousie. C'est trop, c'est inacceptable ! S'écria-t-il.
Pour surmonter les larmes qu'il sentait venir, il respira lentement et profondément et écouta enfin la voix de sa conscience puis accepta du plus profond de son âme sa première décision.
Il se sentit tout à coup baigner dans une douce et indicible lumière blanche qui l'envahit complètement, lui procurant un étrange bien-être.
Il ouvrit sa main, la pièce était toujours d'un vil métal. Il compris alors qu'il venait de gagner "l'épreuve de la monnaie" et qu'il avait atteint la sérénité, premier pas vers la sagesse et le bonheur.

Francis