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LA FIN D'UNE HISTOIRE ROCAMBOLESQUE : LA VENTE DU TRÉSOR DE BOUCQ.


Article paru dans le n° 412 février 2010 de NUMISMATIQUE & CHANGE.


Avant de parler de la vente proprement dite, il faut tout d'abord relater les circonstances de la découverte de ce trésor et les problèmes rencontrés par les deux personnes qui l'ont mis à jour. Le 15 avril 1997, M. Fontenay et M. Royer (décédé bien avant le dénouement de cette triste affaire), deux retraités lorrains membres de l'Association française des prospecteurs, passent leur journée, comme souvent, à utiliser leurs poêles à frire sur une aire de loisirs (non signalée comme terrain archéologique) de la commune de Boucq située entre Toul et Metz.
Alors que, d'habitude, ils ne découvrent que des capsules et autres objets métalliques sans aucune valeur, ils vont mettre à jour un petit vase en terre cuite contenant 200 monnaies d'or françaises et espagnoles.

Les ennuis judiciaires.
Respectueux de la loi, les deux hommes déclarent, via une lettre recommandée, leur découverte au maire de la commune. Dans ce courrier, et croyant en leur bon droit (en vertu de l'article 14 de la loi du 27 septembre 1941), ils proposent au maire de l'époque de lui remettre le trésor contre un reçu et demandent l'application de l'article 716 du Code civil en précisant que la moitié du trésor revient à la commune, le pro de l'aire de loisirs. Monsieur le maire appelle la D.R.A.C. (Direction régionale des affaires culturelles) et convient d'un rendez-vous avec nos deux découvreurs. Cette entrevue se soldera par un inventaire des monnaies, un reçu et une plainte déposée par le directeur de la D.R.A.C. pour fouilles archéologiques illégales et destruction d'un site archéologique (oui, vous avez bien lu, fouilles archéologiques sur une aire de loisir). Ce bureaucrate s'étonna même, paraît-il, du compte rond du nombre de monnaies mettant en cause l'intégrité des deux personnes venant spontanément déclarer leur découverte. Après cette plainte, une enquête préliminaire est diligentée et est classée sans suite, en septembre 1997, par le procureur de la république, en se basant sur la bonne foi des deux retraités. Tout aurait pu en rester là, mais M. F'ontenay et M. Royer sûrs de leur bon droit demandent l'attribution de la moitié du trésor le 7 mai 1998. Cette demande relance la procédure qui semblait pourtant terminée: le 12 juin 1998, le parquet de Nancy décide de procéder à une nouvelle enquête préliminaire. Celle-ci fut-elle motivée par une nouvelle demande de la D.R.A.C. ? Toujours est-il que, malgré la bonne foi des deux compères, le rapport favorable rendu par les gendarmes, et le jugement de trois cours (dont la Cour d'appel et la Cour de Cassation), l'unique survivant fut condamné à une amende conséquente pour fouilles archéologiques, dégradation d'un terrain contenant des vestiges archéologiques et l'utilisation d'un détecteur à des fins archéologiques. La mairie de Boucq ayant donc récupéré la totalité des droits du trésor, elle décida de le mettre en vente. Voilà pour l'histoire du trésor qui fut dispersé le samedi 12 décembre 2009.

La dispersion du trésor.
La vente proprement dite fut le théâtre d'enchères passionnées (des marchands, pour qui un beau pedigree est toujours important, se sont livrés de belles batailles; des habitants de la commune de Boucq souhaitant conserver un souvenir ont eux aussi jouer sur les prix mais beaucoup de ceux qui espéraient faire de bonnes affaires sont repartis bredouilles). La dispersion des 146 lots a atteint la somme considérable, pour une vente de province, de 153 310 €. Beaucoup de lots sont partis bien au-dessus des estimations et même des prix rencontrés actuellement sur le marché pour des pièces équivalentes. Après l'annonce du résultat de la vente, il convient de mettre quelques petits bémols à cette réussite car il s'agissait de la première vente de monnaies organisée par la maison de vente aux enchères, qui si elle veut persévérer sur ce marché, doit régler plusieurs problèmes techniques propres à la numismatique. Premièrement, les collectionneurs n'ont pas eu le droit à un catalogue papier des pièces mises en vente et les photos visibles sur Internet étaient de si mauvaise qualité, qu'il était impossible de se faire un avis. Ce qui est tout de même fort dommageable pour des ventes numismatiques (bien qu'ici le pedigree du trésor ait suffi à faire venir les acheteurs potentiels).
Deuxième problème : ceux qui ont voulu voir les pièces lors de l'exposition ont dû se contenter de les regarder en vitrine (et donc sur une seule face) car la société de mise en vente (par peur?) refusait de les sortir de "leur écrin ". Troisièmement, et certainement le plus gros problème, les estimations des qualités des pièces ont été faites par des non professionnels de la numismatique ce qui pourrait réserver de mauvaises surprises dans le cadre d'une future revente par les acquéreurs. Pour finir, lors des enchères, les monnaies étaient présentées (d'un seul côté) à l'aide d'une caméra flexible pour être retransmise par un écran ce qui, avec les reflets de l'éclairage de la salle et la présentation sous plastique des monnaies, permettait à peine d'identifier correctement les monnaies. Toutes ces imperfections seront à corriger pour une prochaine vente de monnaies pour que celle-ci reste dans les mémoires comme un moment d'exception.

Etienne Dostert.