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Monnayage colonial romain trouvé en France.


Le monnayage colonial romain découvert en France est assez réduit. Le monnayage de potin alexandrin en représente une partie importante, particulièrement les monnaies du IIIème siècle. Viennent ensuite les drachmes de Trajan et Hadrien de Lycie et d’Amisos, qui ont pu être confondues avec les deniers officiels (Viuz-Faverges, Compiègne, Avon 79), puis le monnayage des koinon de Macédoine (Iwuy 59), Bithynie (Beaugency, Beugnâtre et Boulogne/Mer, Lyon), Chypre (Couzeix 87), puis viennent quelques cités importantes, Antioche (Lyon, sous Titus), Marcianopolis (Hérault, sous Caracalla), Alexandrie de Troade (près de Bruay 59), Nicomédie (Thoiry 78, sous Macrin et Liverdun 54 au nom d’Antinoüs), Milet (Haut Var, sous Gordien ?), et même encore plus loin en orient, Héliopolis/Baalbeck (Boulogne, sous Otacilie), Anazarbe (département 04, sous Valérien), et Naplouse (Montfalcon 38, sous Philippe fils). Le monnayage autonome (sans le nom de l’empereur) est attesté pour Beyrouth (Famars 59), Thessalonique (Fécamp), Athènes (Boulogne). Ce monnayage semble aussi davantage présent sur les côtes et particulièrement dans le Nord (Boulogne en particulier), sur les routes entre Angleterre et Rhénanie probablement. A partir d’un corpus si réduit, il est difficile de tirer des conclusions poussées sur ces découvertes. La présence de ces monnaies est résiduelle, quasiment anecdotique, et ne traduit pas l’existence d’échanges commerciaux poussés avec l’Orient. Certaines de ces monnaies ont pu être des souvenirs de voyage en Orient ou être liées à la présence de légions transférées d’Orient.

Le trésor d’Arnouville-les-Gonesse (95), d’après un article de Trésors Monétaires III.
Le trésor d’Arnouville-les-Gonesse a été découvert en novembre 1966 au cours de travaux de voirie. Il se compose de 2394 monnaies dont 36 dupondius et as (19 dupondius, 5 as et le reste indéterminé), 2358 sesterces. Il a été étudié au Cabinet des médailles. Les monnaies les plus anciennes sont de Galba, la plus récente de Gordien III. Le trésor était contenu dans une amphore de type Dressel 28 (image 1). Les monnaies sont généralement assez usées et souvent peu lisibles, au moins jusqu’à Antonin.
Les monnaies antérieures à Trajan sont en petit nombre : 2 Galba, 25 Vespasien ou Titus, 66 Domitien, 28 Nerva. Cela s’explique peut-être par la refonte des des espèces par les empereurs suivants. Les types de revers faisant directement allusion à la carrière et la personne de ces empereurs semblent avoir été délibérément retirés de la circulation, peut-être à la suite d’un ordre officiel de faire disparaître le monnayage servant à la propagande personnelle du souverain précédent. L’apport de Trajan est plus important (286 monnaies), mais faible pour la durée du règne, probablement à cause d’un ralentissement de l’activité de l’atelier de Rome. Les monnaies les plus nombreuses sont celles d’Hadrien (550 monnaies), Antonin (584) et Marc-Aurèle (528). Parmi ces monnaies, on remarque 10 monnaies d’Aelius, 15 de Sabine, une d’Antonin comme césar. Parmi les 122 sesterces de Faustine mère, seuls 3 l’ont été de son vivant. 76 sesterces ont été frappés pour Marc-Aurèle césar et 39 pour Faustine II sous le règne d’Antonin. 10 monnaies sont au nom d’Antonin divinisés, 32 de Lucius Verus, 10 de Commode césar, 68 de Lucille et 163 de Faustine II. Le monnayage de Commode est moins important, avec 242 monnaies ; 31 monnaies sont au nom de Crispine, 13 au nom de Marc-Aurèle divinisé. On remarque ensuite la présence de 9 sesterces de Clodius Albinus et de 2 rarissimes sesterces, l’un de Didius Julianus(image 2) et l’autre de Manlia Scantilla (image 3). Le règne de Septime Sévère est illustré par 37 sesterces dont 6 de Julia Domna. Enfin, 4 sesterces de Caracalla, 15 d’Alexandre Sévère, un de Julia Mammée et un de Gordien III marquent la fin de la thésaurisation.
L’étude métrologique a montré une augmentation du poids des sesterces de Trajan à Marc-Aurèle puis une baisse à partir de Commode. La dispersion connaît une variation maximale de 9 gr. L’analyse spectrographique et les analyses chimiques ont montré que le zinc, élément constitutif de l’orichalque à la couleur dorée, est remplacé à partir de Commode par le plomb et l’étain.
La modification des flans au Haut-Empire est directement perceptible dans ce trésor : les flans bien ronds et larges deviennent plus irréguliers, moins ronds, moins larges et plus épais, en particulier sous Commode. A cette irrégularité succède une période de stabilisation où les flans sont plus petits et ronds.
La date de l’enfouissement est incertaine, postérieure en tout cas à Gordien. L’originalité du trésor réside en ce qu’il y a très peu de trouvailles de sesterces de cette période. Il semble prendre place parmi les trésors enfouis dans la région vers 270.




Article de Bertrand Ruelle.